#2021 : retour sur une année sociale explosive en cinq points

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Covid-19 : Timide démarrage pour ce premier jour de grève générale aujourd’hui en Guyane
Devant l'Agence Régionale de Santé de la Guyane, ce matin, principal lieu de rassemblement pour ce premier jour de grève. ©Frédéric LARZABAL
L’année 2021 sur le plan social a été marquée par les mouvements de lutte contre l’obligation vaccinale et le pass sanitaire. Des luttes puissantes aux conséquences proportionnelles au bras de fer engagé avec l’Etat. La grève à l’INSPE inédite a également marqué les esprits.

Les mobilisations et manifestations regroupant plusieurs centaines de personnes se sont succédés dès juillet. Infirmiers libéraux, soignants de l'Ebène, agents de l'aéroport Félix Eboué etc... les mouvements de protestation se sont propagés en 2021 sur tout le territoire. Le plus emblématique est celui mené par la Caravane de la liberté, regroupement réunissant une trentaine d’organisations syndicales, politiques, associations et collectifs. Tous, exigeaient l’abrogation de la loi imposant le pass sanitaire, la fin de l’obligation vaccinale et des motifs impérieux pour les déplacements dans et hors de Guyane. 

Escalade explosive

Caravane de la liberté devant la préfecture pour la réunion de la CIC du 16 septembre
Caravane de la Liberté devant la préfecture ©Antoine Defives

Le syndicat UTG (Union des travailleurs guyanais) lance un appel à la grève générale le 30 août. Le 20 août, des manifestants empêchent momentanément les accès à la préfecture de Cayenne. 

Le 13 septembre le pont du Larivot ainsi que l’ARS (Agence régionale de santé) sont bloqués. Des heurts ont lieu. Le 16 septembre, les manifestations gagnent de nouveau les rues. Durant plusieurs nuits, des voitures et poubelles sont incendiées et des barricades érigées. Les manifestations touchent aussi d’autres villes, comme Saint-Laurent et Kourou, où les employés du Centre spatial font grève le 9 septembre. Ces manifestations se transforment de fait, et à tort, en manifestations anti-vaccin, mais elles correspondent à une véritable colère sociale.

Obligation vaccinale : grèves aux Centres hospitaliers de Kourou et Saint-Laurent 

Grève CHK

A Kourou, au Centre hospitalier une grève est lancée par le syndicat UTG. Plusieurs services tournent au ralenti, mais l’accueil des patients Covid n'est pas trop perturbé.  Durant une dizaine de jours pompiers et les grévistes se côtoient à l’entrée des Urgences de l’hôpital.I

Il y a une problématique posée. C'est à eux de résoudre le problème. Il y a 70% de non vaccinés... Il y a un service minimum mis en place et les agents réquisitionnés vont travailler. Si on déroge à la règle, il faut tout déroger. Les agents en astreinte ne sont pas vaccinés.  

Denis Zéro secrétaire général UTG CH

 

Après deux mois de grève, en novembre, le juge des référés somme les manifestants de cesser les blocages. Tout opposant s’expose à une astreinte de 500 euros par jour

Non au pass sanitaire au CHOG de Saint-Laurent
Une centaine de soignants manifestent CHOG ce 15 juillet ©M.M. Ponet

En septembre, un barrage filtrant est mis en place devant les entrées du Centre Hospitalier de l'Ouest Guyanais par une partie du personnel en grève contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale.

Nous n'avons pas de dialogue concluant avec la direction aussi nous avons décidé de durcir... Plein de choses se passe, on en arrive même à de la maltraitance surtout au niveau de nos gangans. Les revendications ne sont pas acceptées, les explications ne sont pas suffisantes pour nous. Nous durcissons pour avoir gain de cause.

 

 

La Caravane de la Liberté mobilisée devant l'usine de la Sara et le Grand port maritime

La caravane de la Liberté devant la Sara au Dégrad des Cannes le 18 octobre
La caravane de la Liberté devant la Sara au Dégrad des Cannes ©Isabel Lerouge

En octobre, les membres du collectif la Caravane de la Liberté lancent une action coup de poing. La Sara et le Grand port maritime sont bloqués. L’objectif des membres de la Caravane de la Liberté : perturber la circulation et l’activité des deux entités stratégiques pour l’économie du territoire et donc créer un rapport de force avec les autorités. Une mobilisation pour s’opposer aux mesures sanitaires, à l’obligation vaccinale et surtout contester le jugement prononcé contre les 4 membres de la Caravane de la Liberté. 

Aujourd'hui nous réclamons qu'il y ait une réelle prise en compte du territoire, une table ronde pour l'obligation vaccinale et le pass sanitaire. Nous disons aussi halte à la répression coloniale envers les militants et nous réclamons leur libération immédiate. Il est inadmissible de lutter pour avoir des moyens de réanimation et que aujourd'hui les camarades soient sanctionnés pour un feu de palettes. Pour toutes les mobilisations nous avons toujours des palettes, des pneus. Accuser ces personnes d'incendie volontaire, d'acte criminel c'est inadmissible.

Yannick Xavier, secrétaire général de l'UTG précise les intentions de son collectif :

Le blocage des usines de la Sara à Kourou et Rémire-Montjoly par les militants de la Caravane de la Liberté entraîne une affluence record dans les stations-services du territoire. La préfecture annonce leur fermeture afin de permettre le maintien de l'activité des services de secours et de sécurité intérieure.

Finalement l’accès aux dépôts de carburant de la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles-Guyane (SARA) ont été débloqués dans le calme par les gendarmes. Les manifestants qui bloquaient le Grand port maritime lèvent aussi le camp. La direction du port avait soumis un référé conservatoire devant la justice. La veille, le tribunal administratif de Cayenne a ordonné aux militants de débloquer les accès « sans délai » sous peine d’une astreinte de 100 euros par heure de retard. 

L'INSPE dans la tourmente

Illustration grève INSPE

Au terme d’un conflit qui aura duré près de 5 mois, Le collectif de formateurs, le SNESUP et le SNASUB et la direction ont finalement trouvé un accord. Le protocole comprend 15 articles, déjà paraphés par les partenaires sociaux.

Une grave crise avait éclaté en février dernier au sein de l’établissement. Cette structure intégrée au sein du pôle universitaire, a pour objectif est de former des futurs enseignants aux métiers de l’enseignement et de l’éducation, mais aussi des enseignants en poste dans l’académie. L'INSPE (l'Institut national supérieur du professorat et de l'éducation de Guyane) participe également au développement de la recherche en éducation.

L’intersyndicale reprochait un management dictatorial, autrement dit, un manque de dialogue et d’écoute de la direction, ainsi que la réorganisation du système d’encadrement des masters 2. 

La directrice de l’INSPE, Sonia Francius était la cible des grévistes. Ils demandaient son limogeage. Ils ne l'ont pas obtenu.