Abolition de l'esclavage ( 4/5 ) : l'autre histoire d'Anne-Marie Javouhey

Anne-Marie Javouhey a été déclarée bienheureuse par le Pape Pie XII en 1950. La fondatrice des Sœurs de Cluny a marqué l’histoire de la Guyane. Elle a créé Mana, et ses rapports avec les esclaves, sont cités en exemple. Seulement un historien, Denis Lamaison, livre une autre histoire. 
Anne-Marie Javouhey est née le 11 novembre 1779 dans le petit village de Jallanges en Côte d’or. D’un caractère fort et affirmé, elle décide de dédier sa vie à Dieu. Elle fonde la congrégation de Saint Joseph de Cluny en 1812, le premier ordre des sœurs missionnaires.


Une bâtisseuse

En 1828, elle part pour la Guyane avec 37 sœurs et 27 cultivateurs engagés pour trois ans et 16 ouvriers pour la fondation d’une colonie agricole à Mana. Ce sera un demi échec car les agriculteurs engagés, à l’exception de trois d’entre eux, décident de repartir. Ils lui reprochent son autoritarisme. Elle est obligée de quitter la Guyane en 1833. Deux ans après elle revient.
Cette fois, le gouvernement lui octroie 500 esclaves. Des esclaves saisis sur les navires négriers et dont le statut n’est pas clair.
Denis Lamaison historien explique :

"Je pense qu'on en a fait trop vite, une bienheureuse. J'ai retrouvé beaucoup de lettres qui évoquaient son action dans la colonie. Les 500 noirs envoyés à Anne-Marie Javouhey n'étaient pas des esclaves. Elle les a effectivement libérés par la suite mais ils avaient un engagement pour 7 ans. Ce qui m'a choqué également c'est qu'elle est partie au Sénégal pour acheter des esclaves, des jeunes filles notamment."


Une colonie modèle

Mana devient une colonie modèle, les esclaves sont traités différemment -ils sont éduqués-. Mais Anne-Marie Javouhey femme de tête est réputée pour son autoritarisme, elle utilise le fouet, pense que certaines leçons ne s’enseignent que grâce à son usage. Elle se justifie en arguant que ces traitements sont adaptés à la faible intelligence des noirs.
Anne-Marie Javouhey ne milita jamais en faveur de l’émancipation. Elle considérait que les noirs étaient des enfants à qui il fallait tout apprendre et notamment travailler. Les 2500 esclaves de la colonie affranchis étaient pour elle des misérables paresseux qui n’étaient bons qu’à pêcher et chasser.
Denis Lamaison
précise :

"Elle n'était pas abolitionniste. Elle n'a jamais pris de position. Elle était comme les planteurs de la colonie, elle considérait les esclaves comme des enfants, qui n'étaient là que pour travailler. Elle s'est fait des ennemis uniquement  car elle remettait en question le système économique des colons."

 Elle tiendra tête aux colons de Guyane, ayant de solides appuis à Paris et dans la colonie.

Les explications de Denis Lamaison 


Mana une commune florissante

Anne-Marie Javouhey  reviendra en France en 1843 non sans avoir fait de la petite commune de Mana, une commune florissante. Elle a été déclarée bienheureuse par le Pape Pie XII en 1951. Son souvenir demeure en Guyane et ailleurs.