Amazonie-France : procès contre le groupe de distribution Casino

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Enseigne d'un magasin Casino à Paris, en juillet 2018
Enseigne d'un magasin Casino à Paris, en juillet 2018 ©ERIC PIERMONT / AFP

La forêt amazonienne aurait perdu 1 million d'hectares en 2020. Parmi les responsables directs ou indirects, le groupe de distribution français Casino. C'est du moins l'avis d'organisations non gouvernementales, amérindiennes, françaises et étrangères. 

Et c'est une première, elles attaquent le groupe en justice devant le tribunal de Saint-Etienne, la ville où siège le groupe dans l'Hexagone. En vertu d'une loi française de 2017.

Une action en justice de 11 ONG françaises et étrangères

La défense des Amérindiens d'Amazonie vise aussi le cœur de l'Europe. Pour la première fois, une chaîne de supermarchés tricolore, Casino, est poursuivie devant la justice de l'Hexagone pour déforestation, perte de terres et de moyens de subsistance, par 11 ONG françaises et étrangères. Selon les plaignants, le groupe contrevient à une loi de 2017.

Pao de Açucar au Brésil distribution Casino
©DR

Elle interdit les violations des droits de l'Homme et de l'environnement. En effet, pour ses filiales de distribution en Colombie et surtout au Brésil, comme Pao de Açucar, le distributeur aurait acheté de la viande bovine via une filière responsable de la déforestation. Amazonie-France : procès contre le groupe de distribution Casino :

"le Centre d'analyse pour les crimes climatiques annonce avoir identifié plus de 50 000 hectares de déforestation recensés dans les fermes qui approvisionnent les trois abattoirs. Trois abattoirs qui fournissent Gruppo Pao de Acucar au Brésil entre 2008 et 2020. "

 

« Dommages extrêmement graves », préjudice de « plusieurs millions d’euros » pour les populations, Sébastien Mabile, avocat des plaignants enfonce le clou :

En ne cherchant pas à savoir ce qui se passe dans les fermes d’élevage en Amazonie, Casino commet une faute. L’intensité de cette faute est proportionnelle au risque qu’elle génère. Ici, on parle bien d’un risque sur la planète entière que fait peser Casino, en acceptant de commercialiser des produits qui sont issus de la destruction, de la déforestation de l’Amazonie qui constitue un puits de carbone essentiel pour la régulation du climat mondial… En effet, les fautes de vigilance de Casino ont contribué à la réalisation de dommages extrêmement graves…

Nous sollicitons aussi la réparation d'un préjudice de perte de chance au profit des organisations représentatives des populations autochtones estimée à plusieurs millions d'euros, à hauteur de la gravité des dommages qu'elle représente et que ces populations subissent. "


S'y ajouterait le préjudice environnemental et climatique pour l'ensemble de la planète. La forêt amazonienne étant un puits de carbone majeur.

Casino dément et affirme lutter contre la déforestation

De son côté Casino ne veut pas commenter une procédure en cours. Mais le groupe dément ces accusations et affirme contrôler rigoureusement  l'origine de sa viande bovine. Il lutterait même activement contre la déforestation liée à l’élevage bovin. Grupo Pao de Açucar, sa filiale, a même précisé à Reuters les critères qu’elle impose depuis 2016 à ses fournisseurs. Parmi ceux-ci donc «zéro déforestation amazonienne, pas de conditions de travail assimilables à de l’esclavage, pas de travail des enfants et pas d'invasions de terres autochtones ou de zones protégées». S’y ajouterait l’obligation pour les éleveurs de détenir des titres de propriété foncière.

Par ailleurs, les magasins français de Casino ne vendraient pas de bœuf brésilien. Le Brésil est le 2ème marché du groupe après la France. L'entreprise réalise d’ailleurs près de la moitié de son chiffre d'affaires (46%) en Amérique du Sud.

Au vu de l’ampleur du dossier, le procès ne devrait pas se tenir avant 12 à 18 mois.

Pour l’instant, seul le groupe Casino est sur la sellette. Mais son concurrent Carrefour, lui aussi présent au Brésil, fait également l’objet de vives critiques.