L’avocat de la CCOG ravive l’affaire Fowel

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Myrtho Fowell
Archives (2012) ©Guyane la 1ère
C’est un dossier vieux de 14 ans que ravive l’avocat de la CCOG. Celui du meurtre de Myrtho Fowel, l’ancien directeur financier de la structure et surtout du détournement de près de 900 000 euros jamais retrouvés depuis. L’avocat estime que la justice n'a pas enquêté jusqu’au bout.
 
En juillet 2004 c’est la disparition de Myrtho Fowel qui débouche sur la découverte de mouvements d’argent suspects. La justice découvrira rapidement l’ampleur des sommes détournées alors que l’intéressé sera retrouvé neuf ans plus tard au fond du fleuve Sinnamary. À ce jour la justice n’a levé le voile ni sur le probable meurtre de Fowel ni sur la destination de ces 900 000 euros. Il convient de rappeler que cette enquête a conduit par la suite à la découverte de ce que l’on a appelé lors des audiences le système Bertrand, c’est à dire une organisation d’attribution de marchés aux fins de financement de campagne politique de l’ancien maire de la capitale de l’ouest. Un autre volet du dossier qui connaîtra l’épilogue que l’on sait avec l’incarcération de Léon Bertrand le 17 septembre dernier après l'épuisement de tous les recours possibles dans les instances de la justice française.
Il n’en reste pas moins que maître Alexandre Varaut, avocat de Léon Bertrand et de la CCOG, prend cette dernière casquette pour soulever des questions loin d’être anodines.
 

Le crime passionnel

Dans un courrier daté de mars 2017 que nous nous sommes procuré maître Varaut écrit au président de la CCOG pour partager ses interrogations sur l’enquête relative au meurtre de Myrtho Fowel. Accident, suicide ou meurtre ? La question reste posée mais selon Alexandre Varaut un  rapport de gendarmerie de 2016 privilégie la thèse de l’assassinat. Le procureur de la république avait lui aussi saisi le juge d’un réquisitoire pour homicide volontaire. Un suspect, très proche de la victime, a alors été convoqué pour être mis en examen pour assassinat. Ce dernier ne s’est jamais présenté et pour cause, il a quitté le territoire.
La thèse du crime passionnel a été évoquée : Myrtho Fowel aurait entretenu une relation amoureuse avec l’épouse de ce présumé suspect. Dans ce courrier, il mentionne un échange de mails très insolite dit-il, entre un colonel de gendarmerie et le nouveau juge d’instruction. Faisant état du départ de l’individu du territoire, le juge décide de ne pas poursuivre les investigations faute d’éléments probants. Tout en reconnaissant la fragilité et la faiblesse des moyens d’une condamnation de l’intéressé, Maitre Varaut s'interroge : « trouve pour le moins curieux de considérer que sa fuite ait pu contribuer à l’innocenter ».
Le principal suspect est décédé quelques années plus tard, l’avocat entend se concentrer sur la recherche et l’utilisation de l’argent détourné.
 

Une affaire nébuleuse

Cette histoire, écrit l’avocat de la CCOG, paraît assez nébuleuse. Les rapports réels entre Myrtho Fowel et le meurtrier présumé paraissent suspects également sur le terrain financier avec un certain nombre de transactions plus que douteuses, d’importantes sommes d’argent circulant entre leurs différents comptes bancaires. D’où l’importance, toujours selon l'avocat, de faire l’audition de la personne visée qui permettrait d’en apprendre un peu plus sur les détournements de Myrtho Fowell. Car, ajoute l'homme de loi : « si l’enquête a permis de déterminer avec plus ou moins de précision, des détournements de Myrtho Fowel, en revanche l’utilisation qu’il a fait de cet argent reste assez imprécise ».
Maitre Varaut affirmait ainsi son intention de saisir le juge d’instruction sur ce point pour, écrit-il, retrouver et connaître l’utilisation précise des sommes détournées, en cas de refus, il en appellerait à la chambre de l’instruction de la cour d’appel. C’est chose faite depuis le 7 septembre dernier. À la justice de trouver les moyens nécessaire pour remonter le fil des sommes détournées y clame l’avocat visiblement obstiné. Tout l’argent détourné par Myrtho Fowel part de la trésorerie de Saint-Laurent du Maroni plaide maître Varaut qui pointe également le compte joint des époux Fowel comme piste d’investigation. Dans sa requête, maitre Varaut demande aussi que soit entendu le notaire qui a eu la charge de la succession après le décès de Myrtho Fowel ainsi qu’un des proches de la famille qui a reçu un terrain appartenant précédemment aux époux Fowel.
 

Raison de plus pour enquêter

Si l’avocat de la CCOG insiste autant c’est qu’en janvier dernier cela a marché. Début 2018, suite à son insistance le juge a ordonné une enquête sur l’une des sociétés citées dans ce dossier et plus de 60 000 euros ont été récupérés. Pour l’avocat c’est la preuve que la justice peut se donner les moyens de retrouver une bonne partie des 900 000 euros disparus. Maitre Varaut prend l’exemple d’un terrain acquis par Myrtho Fowel à Saint-Laurent du Maroni et aujourd’hui propriété d’un proche de la famille. Entre 2008 et 2016 l’avocat note la construction d’une douzaine d’appartements du T2 au T3 sur ce terrain, quatre projets supplémentaires de construction de T2 ont même été refusés sur ce même terrain. Sauf que les revenus de ce proche ne cadrent pas avec le capital nécessaire pour lancer autant d’opérations souligne habilement Alexandre Varaut. Une raison de plus pour enquêter, mais c’est à la justice de le faire conclue l’avocat.

Depuis, en juillet dernier, la juge d’instruction, Marie-Agnès Joly, du Tribunal de Grande Instance de Fort-de-France a obtenu une nouvelle affectation.  Elle est désormais substitut du procureur général à la cour d’appel de Montpellier. Le dossier CCOG va donc changer de main.