Brasilia fête ses 60 ans dans la sobriété à cause du Covid-19, retour sur la création d’une cité espoir

océan atlantique
Brasilia
Vue aérienne de Brasilia ©AFP - Sergio Lima
Brasilia fête aujourd’hui ses 60 ans sans festivités, pour cause de Covid-19. La ville, construite ex nihilo a une architecture et un urbanisme modernes. Elle symbolisait les espoirs de renouveau du Brésil et de son président de l’époque notamment en matière de rééquilibrage géopolitique
Un 60ème anniversaire un peu morne pour Brasilia.
Brasilia désertée
Des avenues désertées pour cause de crise Covid-19 ©Reuters- Huesli Marcelino
Les festivités, concerts en plein air et expositions prévues ont été reportés pour cause de Covid-19. Au-dessus des rues vides, les 3 millions d’habitants de l’agglomération ont simplement été invités à chanter « Joyeux anniversaire » de leurs fenêtres. Une vidéo devait présenter des témoignages sur l’histoire de la capitale du Brésil.


Une ville moderne et futuriste

Une sobriété forcée qui contraste avec l’enthousiasme qui prévalait le jour de son inauguration en grande pompe le 21 avril 1960.
La ville est maintenant classée au Patrimoine mondial de l’Humanité. Elle a été créée en 4 ans, au centre du pays, en pleine savane, à partir de rien. Son architecture est considérée comme le chef d’œuvre d’Oscar Niemeyer (prix Pritzker 1988, il a fait aussi notamment le siège du Parti Communiste Français) : des courbes particulières comme la cathédrale structurée par des arcs de béton en forme de mains jointes, ou le parlement avec deux demi-sphères, et des bâtiments aux façades transparentes. L’urbanisme est résolument futuriste : des avenues concentriques et un plan en forme d’avion qui, selon la légende, devait signifier le décollage du géant latino-américain.
Lors de sa venue, en 1961, le cosmonaute soviétique Youri Gagarine avait eu l’impression de « débarquer sur une autre planète ».


«Capitale de l’Espoir » pour une « Révolution Géopolitique »

André Malraux, avait, lui, surnommé Brasilia « capitale de l’espoir ». Car en déplaçant la capitale de Rio de Janeiro vers le centre, le but était de rééquilibrer l’économie du pays de la zone côtière vers le Nord et l’Amazonie. L’objectif, très ancien, date de la constitution du pays de 1891. Plus généralement, Juscelino Kubitschek, le président brésilien qui l’a réalisé, parlait de « révolution géopolitique » et rêvait que sa nouvelle capitale soit le point de départ d’un égalitarisme entre citoyens.
En 1955, il s’était fait élire sur le thème « 50 ans de progrès en 5 ans ». Reste que sa nouvelle capitale et sa politique d’infrastructures dans le pays ont coûté très cher, et contribué à provoquer une inflation galopante. Au point que ses détracteurs ont retourné le slogan en « 50 ans d’inflation en 5 ans ».


Des espoirs stoppés ou très partiellement atteints

En pleine guerre froide, sur sa lancée, le Brésil pouvait symboliser une troisième voie, en particulier pour le Tiers-monde, entre le capitalisme occidental et le bloc communiste. Mais 4 ans après l’inauguration de la nouvelle capitale, un coup d’Etat suivi d’une dictature militaire mettait un terme à ces espoirs.
Au bout de 60 ans, le rêve de rééquilibrage interne au Brésil n’a été que partiellement réalisé. La fraternité entre habitants qui devait caractériser Brasilia s’est fortement estompée. L’agglomération qui a poussé de façon anarchique connait progressivement les mêmes problèmes que les autres métropoles brésiliennes, même s’ils y restent encore plus atténués : fortes disparités sociales, violences, corruption… D’une certaine façon, elle devient représentative de la société brésilienne et de ses contradictions… Le district fédéral a voté à 70% pour Jaïr Bolsonaro lors de la dernière présidentielle. Mais il a été le premier à établir des mesures de distanciation sociale face au coronavirus, contre l’avis du chef de l’Etat classé à l’ultradroite.
 
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