Brésil : avec le covid, l’urgence de lutter contre la pauvreté et la faim qui s’accroissent

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Favela Sao Paulo juillet 2020 AFP
Favela Sao Paulo juillet 2020 AFP ©AFP

Des millions de Brésiliens souffrent de la faim voire de malnutrition. Le nombre de pauvres s'est envolé à cause de la pandémie de covid mais aussi de la suppression, fin 2020, d’une aide financière versée au tiers le plus nécessiteux de la population. 

Une nouvelle allocation moins élevée et aux conditions plus strictes sera mise en place, ce mois-ci, pour faire face à la situation dramatique et à ses conséquences politiques.
Près de 13% de la population brésilienne vit en dessous du seuil de pauvreté (37€/mois). Un record depuis une décennie. Cela concerne en tout 27 millions de personnes. Soit 17 millions de plus depuis le début de l'année. En cause, l'épidémie de covid et la fin d'une aide financière mensuelle d’environ 90€ versée aux plus nécessiteux entre avril et décembre de l'an dernier. Elle avait déjà été réduite de moitié en septembre. C’est ce que déplore  Tatiana Araujo de Sirqueira, mère de famille de 33 ans, qui vit du recyclage de déchets près d’une décharge à Brasilia :

« Ma vie est devenue beaucoup plus difficile avec six enfants à élever seule »

Rechercher sa nourriture dans les décharges
©Capture écran


Une nouvelle aide financière annoncée alors que la faim se répand

Une nouvelle aide plus faible (moins de 38€) et s’adressant à un public plus restreint devait être débloquée ce mois-ci. Il y a urgence sociale. De nombreux Brésiliens souffrent de la faim ou de malnutrition comme Monique Fernanda, habitante de Rio :

« Il n'y en a vraiment pas (viande, poulet et poisson) ici à la maison. Il n'y a que du riz et des haricots »


Gilson Rodrigues, président de l'association « G10 : Favelas » (entraide entre les 10 plus grandes favelas du pays) dénonce la situation :

«Il y a la faim au Brésil, il y a des millions de Brésiliens qui vivent dans des bidonvilles, pour le moment au chômage, qui font la queue pour obtenir de la nourriture, qui font la queue pour obtenir des paniers alimentaires de base. Il est absurde que l'aide d'urgence ait pris si longtemps alors qu’un si petit montant a été annoncé. Ce n'est pas suffisant pour nourrir une famille complète. »


Et selon Rodrigo Afonso, directeur de l'ONG Acao da Cidadania (action citoyenne), le covid amplifie une situation ancienne :

<< La pandémie n'a pas créé la faim. Elle (la faim) est survenue bien avant la pandémie. Elle prenait de l'ampleur et la pandémie a contribué à aggraver la situation et à montrer le pire visage de la faim pour tout le monde. De toute évidence, elle (la pandémie) entraîne plus de chômage et de pauvreté, aggravant encore plus la faim. "

 

L’aide financière aide aussi à lutter contre la pandémie

Certes l'aide sociale grève l'économie déjà mal en point du pays. Mais la pauvreté, voire la faim, poussent les gens à sortir pour trouver des revenus. Cela aggrave la pandémie (et donc la situation économique) selon l’analyse de Marcelo Nery, directeur de la fondation Getulio Vargas (sciences sociales) :

"(L'aide financière) n'est pas une solution au problème, mais c'est une anesthésie importante. La solution peut être la vaccination. Mais si le vaccin n'est pas arrivé, nous avons besoin de solutions qui permettent aux gens de respecter la distanciation sociale et de rester à la maison. Au cours de ces quatre mois sans assistance, nous avons vu une augmentation de la pauvreté, qui a un impact sur la santé des gens…

 

L’aide contre la pauvreté et la faim, enjeu de la présidentielle ?

Il y aurait une raison politique à la reprise des allocations même à plus petite échelle. L'aide sociale qui concernait près du tiers de la population avait fait grimper la cote de popularité du Chef de l’Etat, Jaïr Bolsonaro, en 2020. Une cote qui a reculé après la fin des versements. Le nouveau programme même moins généreux pourrait donc bien être aussi motivé par l’approche de la présidentielle de 2022, et le retour sur la scène politique de l’ex-président de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva. Un concurrent très sérieux qui a déjà vivement critiqué la gestion de la crise covid par le gouvernement actuel. Surtout,  Lula  est célèbre pour sa politique sociale passée, et il est actuellement le favori des sondages.

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