Education : L’Homme Noir vu autrement qu’à travers le prisme de l’esclavage et de la traite négrière.

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Education : L’Homme Noir vu autrement qu’à travers le prisme de l’esclavage et de la traite négrière.
Mathématiques africaines ©Clotilde Séraphins George
Christant Sophie, professeur des écoles à l’école élémentaire Anne-Marie Javouhey à Cayenne a proposé cette année à ses élèves du CM2 B un projet qui leur permette de travailler leur estime de soi : se trouver des exemples valorisants et positifs dans leur Histoire.

« L’esclavage n’est qu’une goutte d’eau dans l’Histoire de l’Humanité et dans l’Histoire de l’Homme Noir. »

Si Christant Sophie, enseignant choque par ces propos, il comprend, il s’en excuse même par avance et surtout, il explique : "Quand on parle de l’Homme Noir, on le ramène systématiquement à une condition d’esclave qui a duré plusieurs siècles certes mais qui ne constitue qu’une petite période au regard de tout ce qu’ont représenté et que représentent les apports des Noirs, des apports immenses et fondamentaux dans l’Histoire de l’Humanité."

Education : L’Homme Noir vu autrement qu’à travers le prisme de l’esclavage et de la traite négrière.
©Clotilde Séraphins George

" J’ai beaucoup d’estime pour les combats que mènent tous ceux qui mettent en lumière les siècles d’esclavage. C’est juste. Mais, quand moi je m’adresse à des enfants, de toutes les couleurs, de toutes origines, le souci est qu’en parlant de l’esclavage, je réveille des sentiments négatifs. Vous avez bien mal quand on vous parle d’un parent qui a souffert ? Eh bien voilà. Je ne souhaite pas que les enfants tombent dans un piège énergétique qui va détruire leur personne. Le travail que je fais se base sur la prise de conscience et de confiance. "

Et de citer Cheikh Anta Diop :

"Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu'aux dents (...) et arrachez votre patrimoine culturel."

Cheikh Anta Diop

 

D'abord améliorer son estime de soi

Au mal être de ses élèves en début d’année, à leur posture d’enfants qui s’avouaient vaincus avant même d’avoir essayé, à leur négativité vis-à-vis d’eux-mêmes et des évènements, cet enseignant souhaitait apporter une réponse pérenne et structurante, offrir à ses élèves d’autres perspectives.

Education : L’Homme Noir vu autrement qu’à travers le prisme de l’esclavage et de la traite négrière.
©Clotilde Séraphins George

" Il fallait que les enfants puissent savoir qui ils sont vraiment, le bon bout par lequel prendre les choses, savoir d’où ils viennent pour savoir où ils vont. Faire le point sur leurs racines pour connecter à des valeurs qui leur correspondent parce que partir battu quand on a huit ans, ce n’est pas normal et c’est déstructurant. Et cela quelle que soit la couleur de l’enfant. Si j’étais ailleurs, dans un autre pays, une autre culture, dans les mêmes circonstances, j’aurais la même démarche et on s’intéresserait à l’histoire du pays et des gens qui y vivent. Il s’agit d’apprendre la vérité vraie ! "

Christant Sophie leur propose donc de découvrir les mathématiques africaines, comment on comptait dans l’Egypte Antique, avant le stylo et le papier, avant la machine à calculer, comment on effectuait de grands calculs. Pour se faire, il part des techniques expliquées dans le livre de Niousséré K. Omotoundé, paru chez ANYJART.

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©Clotilde Séraphins George

" Cela donne aux enfants l’envie, une méthode alternative. Ils apprécient beaucoup parce que c’est une autre logique, ludique, simple. "

Puis il les encourage à chercher. Au fil des jours, des semaines, en fonction des résultats, des thèmes émergent : les grands inventeurs, le Marronage, l’Egypte Antique, les politiciens et même l’alimentation. L'association Kopéna qu'il remercie est une fidèle alliée dans cette aventure.  

L’Homme Noir est partout, l’Homme Noir est dans tout !

Et les élèves vont de surprise en surprise. Internet est également leur meilleur ami dans cette quête spéléologique de la vérité. Ils couvrent alors des dizaines de planches de papier cartonné et coloré. Leur enseignant tient à ce que ce projet ait la tenue d’un travail d’enfant et demeure à cette dimension, à la portée d’enfants comme eux.

Education : L’Homme Noir vu autrement qu’à travers le prisme de l’esclavage et de la traite négrière.
©Clotilde Séraphins George
Education : L’Homme Noir vu autrement qu’à travers le prisme de l’esclavage et de la traite négrière.
©Clotilde Séraphins George

 

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©Clotilde Séraphins George

Juliette Maistre s’est prise de passion pour l’alimentation. 

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©Clotilde Séraphins George

"Jusqu’aux années 1950, l’Homme Noir s’alimentait sainement. Les maladies comme l’obésité ne sont apparues qu’au début des années 70 avec la société de consommation. Son alimentation était saine parce qu’il respectait la nature et ne mangeait pas de viande tous les jours. Il avait un régime alcalin. Les aliments alcalins contribuent grandement à faire baisser l’acidité dans le corps : melon, brocolis par exemple. L’Homme Noir à cette époque était plus proche de la nature, il s’inscrivait dans l’environnement. 

Moi, je faisais déjà attention à mon alimentation. Aujourd’hui, je suis encore plus attentive à ce que je mange, pour ma santé mais aussi pour respecter la nature. "

Léhann Champesting est admiratif des héros du Marronage et de Pompée en particulier.

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©Clotilde Séraphins George

" Pompée est un esclave qui a marroné. Il a fui. Il a fait le Grand Marronage, un Marronage qui a duré vingt ans, entre 1801 et 1822. Il a libéré des esclaves mais en 1822, il a été attrapé, jugé et exécuté. 
Son histoire me plaît parce que son Marronage a été très long. "

Ce troisième témoignage vient d’un élève qui souhaite rester anonyme.

" Moi, ce sont les sanctions qui m’ont le plus touché. A la première fugue, l’esclave avait les oreilles coupées, à la deuxième fugue, le jarret coupé et à la troisième fugue, c’était la peine de mort. Ça, c’était pour le Grand Marronage, c’est-à-dire, celui qui durait plus d’un mois. Pour le Petit Marronage, les sanctions étaient moins sévères, l’esclave était enchaîné et abattu.
Les esclavagistes ne se sont jamais mis à leur place et ne se sont jamais demandés quelles souffrances ils pouvaient endurer. "

Difficile, finalement, quand on parle de l’Homme Noir de ne pas évoquer l’esclavage et la traite négrière mais l’important finalement est de multiplier les points de repères, les repères positifs et en définitive d’avoir le plus de bons points (de repère) possibles.

Education : L’Homme Noir vu autrement qu’à travers le prisme de l’esclavage et de la traite négrière.
©Clotilde Séraphins George