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Squat des Manguiers : l'amertume des habitants au lendemain de la démolition

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Squat des Manguiers : l'amertume des habitants au lendemain de la démolition
©S.Laporte/B.Careto
Sur 123 habitations illégales, 113 ont été détruites lundi et mardi, dans ce quartier informel de Rémire-Montjoly. Une quarantaine de familles ont bénéficié d’un hébergement d’urgence, soit trois nuits d’hôtels. Les autres vont habiter où elles peuvent, chez des proches ou dans de nouveaux squats.
 
Le camion avance entre les ruines du quartier des manguiers. Toute la journée, les habitants sont venus récupérer des matériaux dans les empilements de tôles et de bois, c’est tout ce qui reste de leur maison construites sans permis, démolies par les autorités.
un expulsé :

" Je prends ces quelques morceaux de bois et de toles pour tenter de me faire un abri quelque part, je mettrai 4 piquets et une bache au dessus et puis c'est fini, on n'a pas de logement".

Les démolitions font suite aux jugements d’expulsion rendus en 2017 en faveur du propriétaire des terrains, la SCI ESTELIZ, qui a racheté ces parcelles à l’ex-conseil général. Cyrile a vécu dans le quartier pendant 31 ans. Pour être logé légalement, il a fait des démarches en 2010 au titre de la loi DALO ou Droit au logement, sans résultat. Pour lui, les autorités ont fait preuve de brutalité.
Cyrile Elvestre, ancien habitant du quartier des Manguiers :

"Même si le terrain est vendu à un autre, ils auraient pu faire une réunion avec nous. Si nous pouvions acheter on aurait acheté, si nous ne pouvions pas, ils auraient du nous donner un délai de 6 mois ou 1 an afin que l'on puisse partir et leur redonner leur terrain. Mais nous mettre dehors, sous la pluie, sans rien c'est inhumain, indigne".

Cyrile a huit enfants, dont deux encore à sa charge. Il dit dormir désormais avec sa famille sous une bâche dans une autre commune. Avec son deux roues, Pierre-Louis vient de récupérer des affaires dans la maison qu’il a occupé pendant cinq ans aux manguiers. Il a trouvé un refuge provisoire chez une amie, à Cayenne. Lundi, sous la pluie battante, il a pu sauver une partie de ses affaires. Pour lui, les autorités n’ont pas tenu leur promesse.
Pierre -Louis Gary, ancien habitant du quartier des Manguiers :

"Monsieur le Préfet a dit qu'il nous laissait jusqu'à la fin du mois de juillet prochain, le temps que les enfants terminent leur scolarité de l'année en cours, mais ils nous ont pris par surprise, ils sont arrivés brusquement et nous ont mis dehors sous la pluie, ils nous ont lachés dans la rue avec nos enfants qui pleuraient et nos affaires complètement mouillées".

Une quarantaine de familles, parmi celles qui ont des papiers, bénéficient de trois nuits d’hôtels. Aux manguiers, des personnes délogées nous ont dit construire des maisons de fortune ailleurs, faisant ainsi grossir d’autres squats…à chaque opération de démolition, c’est le même scénario, faute de solutions pérennes de relogement.
©Bianca Careto
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