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Dossier : Le Suriname : "Une base arrière pour les Etats-unis et la Chine" - 2ème partie

Les difficultés économiques du Suriname attisent les convoitises de pays étrangers à la recherche de nouveaux débouchés parmi eux deux grandes nations : les Etats-Unis et la Chine.

Paramaribo peut s'enorgueillir de son architecture coloniale © DR
© DR Paramaribo peut s'enorgueillir de son architecture coloniale
  • Alexandra Val Guevara - stagiaire
  • Publié le
Jusqu’en 2014, le Suriname affichait une relative bonne santé économique. Comment expliquer un tel revirement en si peu d’années ?
Au moment de la crise des subprime* en 2008 (crise mondiale dont l’origine se loge aux USA), le Suriname affichait un taux de croissance PIB de 4 % (source  Coface ) alors que toute l’économie mondiale s’effondrait. Depuis 2010, le taux de croissance du Suriname n’a cessé de baisser, passant de 2.8 % en 2013 à 0 en 2016 (projection Coface et FMI).
La gestion dépensière du gouvernement est une des causes de la dégradation économique. Pendant la période électorale (2014/2015) le gouvernent a augmenté les salaires et les retraites, et a reporté les réformes fiscales dites « impopulaires ».
A cela s’ajoute la chute du cours de l’or et du pétrole, principaux produits d’exportation  du Suriname, et la réduction de la production d’aluminium suite à la fermeture programmée d’une usine appartenant au groupe Alcoa. Le secteur agricole est également touché : les récoltes de riz devraient être revues à la baisse suite à la sécheresse qui sévit dans le pays ; et une bactérie conduirait à la perte de 40 % de la production de bananes sur 2016.
Autres causes probables de cette situation : le poids de l’économie informelle représente 30 % du PIB (avec les casinos illégaux, l’orpaillage illégal et la contrebande). Des économistes internationaux ont aussi pointé du doigt les difficultés dans la gestion des entreprises publiques, mais aussi l’insuffisance des infrastructures de transports (routes et ports). Et puis, il y a le climat difficile des affaires, aggravé par une justice commerciale peu efficace. La vie des entreprises est pénalisée par l’accès restreint au crédit et le manque de main d’œuvre qualifiée.

Une base arrière pour  les Etats Unis et la Chine

Devant l’ampleur de la crise financière, au mois de mars 2015, le gouverneur de la banque centrale du Suriname s’est rendu à Djeddah. Il y a rencontré un haut dignitaire de la Banque Islamique de Développement  pour solliciter un prêt visant à soutenir le secteur de l’éducation et de la santé. Très récemment, une délégation de la Banque islamique de développement (BID) a proposé au gouvernement Bouterse un prêt de 1,75 milliards US$, soit 40% de son PIB. Selon le ministre surinamais des Finances Gilmore Hoefdraad, ce prêt serait accordé pour une durée de 5 à 10 ans.
La Banque Islamique de développement est un organisme financier ayant pour objectif d'être une banque mondiale pour les pays musulmans. La BID cible 3 objectifs 
1.     Promotion des institutions islamiques
2.     Réduction de la pauvreté
3.     Coopération entre les pays membres (56 pays arabes membres)
Rien de rassurant vue des Etats Unis.  En mars 2015, Dino Bouterse, fils du président, a été condamné à 16 ans de prison pour trafic d’armes, drogue et soutien à l’organisation terroriste du Hezbollah.
Le Suriname représente pour les Etats Unis une « base arrière » stratégique à double titre : l’exploitation des matières premières et la lutte contre le trafic de drogue et la traite des personnes. 
Les relations économiques bilatérales vieilles d’un siècle entre les deux pays, favorisent clairement les exportations américaines et les investissements américains sur le sol surinamais. La gigantesque usine américaine Suralco exploitant de l’aluminium et employant 5 000 ouvriers en est la preuve.  Récemment une grande entreprise américaine a signé avec l’Etat surinamais  un contrat d’extraction d’or dans l’Est du pays.  Sans oublier les accords  d’exploration pétrolière offshore conclus avec le gouvernement.
La chine n’est pas en reste. Après avoir infiltré l’économie africaine, Pékin cherche de nouveaux débouchés. L’ancien ambassadeur chinois Yan Nansheng au New York times en 2011 a résumé en une phrase les atouts surinamais « Le Suriname est un pays qui a de la chance avec une population si petite et avec autant de terres ».
En signe d’amitiés, le gouvernement chinois a livré gracieusement des dizaines d’autocars pour l’armée Surinamienne.

La Chine affiche ses intentions : le Suriname constituerait une « base avancée » des ambitions chinoises en Amazonie.

En moins de 10 ans, les chinois ont ouvert des centaines d’entreprises, d’échoppes, de casinos et autres restaurants, mais aussi, des dizaines d’usines fabricants des toitures ou plaques d’aluminium. Plus récemment, des investisseurs chinois ont contribué à goudronner des routes en échange de l’exploitation de la bauxite.
Ce développement économique s’accompagne d’une forte immigration chinoise devenue visible dans toutes les villes du pays. L’arrivée de cette main d’œuvre bon marché a provoqué des crispations. Les opposants politiques de Bouterse dénoncent cette  « invasion » économique qui tire les salaires vers le bas et ne développe pas l’emploi local surinamais.
Le gouvernement surinamais ne fera pas marche arrière, car les capitaux étrangers sont vitaux pour redonner du souffle à l’économie surinamaise et créer de l’emploi. 

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