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L'égalité réelle en Guyane passe- t-elle par l'écriture inclusive?

Un débat sur l'écriture agite la sphère éducative. Faut-il se mettre à l'écriture inclusive ou pas? Cette façon d'écrire qui ne dirait plus "le masculin l'emporte sur le féminin" permettrait, affirment les défenseurs du concept, de rétablir une égalité entre les deux sexes dès le plus jeune âge.

iel est le pronom non genré © CL
© CL iel est le pronom non genré
  • Par Catherine Lama
  • Publié le , mis à jour le
Le débat sur l'écriture inclusive est lancé depuis plusieurs mois sur la scène nationale. Des professeurs en opposition avec les directives de l'éducation nationale affirment que la règle de grammaire - le masculin l'emporte sur le féminin : "induit des représentations mentales qui conduisent femmes et hommes à accepter la domination d'un sexe sur l'autre". 
La démarche doit donc permettre de rétablir une égalité entre les sexes. 

La circulaire du 21 novembre 2017 clarifie la position du gouvernement


Le gouvernement adopte une autre démarche. Le ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer a clairement exprimé son opinion : "Ce n'est pas une bonne idée ... On doit revenir aux fondamentaux sur le vocabulaire et la grammaire, je trouve que ça ajoute une complexité qui n'est pas nécessaire" (le Point du 16 octobre)
Plus récemment le 1er ministre Edouard Philippe a rappelé dans sa circulaire du 21 novembre 2017 que : 

"Les administrations relevant de l'Etat doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques, notamment pour des raisons d'intelligibilité et de clarté de la norme."


Quelle résonance ce débat peut-il avoir en Guyane?


Pour Aline Belfort, directrice d'établissement médico-social et diplômée d'un master 1 en langues et cultures régionales et membre du laboratoire de recherches MINEA (Migration Interculturalité et Education en Amazonie) de l'Université de Guyane, le débat sur l'écriture inclusive peut être rapporté à la question de l'oralité en Guyane :


"... il est important de souligner que l'expression orale ou écrite traduit le fonctionnement d'une société où le genre occupe une place importante avec toutes les dérives qui l'accompagnent. La réaction des 300 professeurs est en lien avec les revendications d'égalité actuelle entre l'homme et la femme et ceci sur le plan professionnel, salarial, sur le plan de la sexualité, rapport tout simplement inégalitaire entre l'homme et la femme."


Elle poursuit :

"Sur le plan de la Guyane, si l'on se réfère aux langues régionales notamment à la langue créole, il n'existe pas de genre ni sur le plan de la grammaire ni sur le plan de l'orthographe. Le déterminant un ou une est  se traduit indifféremment par "oun" ou"roun", le pronom personnel "il" ou "elle" se traduit par "i". Il faudrait faire des recherches sur les langues businengés et amérindiennes pour établir un parallèle. Il reste que j'adhère au débat sur l'égalité réelle entre les deux sexes car c'est ainsi que nous ferons avancer la cause féminine." 
 


Ces professeurs insurgés cités plus haut préfèrent l'accord de proximité qui consiste à accorder l'adjectif avec le sujet le plus proche, par exemple : "Le fleuve et la forêt sont belles". Cette règle qui était d'usage aurait été abandonnée au XVIIIe pour asseoir la suprématie masculine.

En Guyane, chaque année de nombreux enfants ne peuvent être scolarisés, faute de places dans les établissements scolaires. Ils vivent, là, une des premières inégalités de la société, tous genres confondus. Faut-il rajouter aux difficultés en se lançant dans un débat sur l'écriture inclusive?

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