Maire en confinement – Saint-Georges: Georges Elfort: "S’imposer ce confinement pour des lendemains meilleurs"

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Dans le cadre de notre série avec les maires des communes de Guyane, c’est Georges Elfort, maire de Saint-Georges qui évoque la gestion de cette période de confinement. A quelques encablures du Brésil voisin, la commune de l’Est guyanais semble vivre bien le confinement. Entretien.
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La place de la mairie telle qu'on la voit très rarement. ©C. Joseph

M. le maire, comment avez-vous organisé les services municipaux pour assurer la continuité du service à la population en cette période de crise ?
Georges Elfort : Dès le début nous avons, comme certainement toutes les mairies, mis tout en œuvre pour assurer la poursuite du service public. Parmi les services maintenus, il y a la direction des services, évidemment une permanence à l’Etat-civil. Il y a également les services techniques qui demeurent mobilisés, tout comme les responsables de services qui viennent pour le suivi de dossiers importants. Pour nos effectifs, seuls 40% des agents municipaux restent mobilisés aujourd’hui.

Quel type de missions pour vos agents techniques aujourd’hui ?
Georges Elfort : Les services techniques s’attachent surtout à l’entretien de la ville mais pas que…les agents interviennent pour la mise en place des points de ventes pour les produits agricoles et de la pêche. Il a fallu mettre en place un dispositif de barrières pour assurer la sécurité et faciliter la distanciation entre les acheteurs. Ces points de vente sont mis en place deux fois par semaine et les agents techniques assurent donc la logistique de ces opérations.

Et avec vos collègues du conseil municipal, comment procédez-vus ?
Georges Elfort : Pour l’heure, en fonction des besoins et dossiers, ils passent en mairie et cela nous permet d’avancer sur les dossiers en cours. Pour l’instant, nous n’avons pas réuni de conseil municipal, les affaires municipales sont suivies lors d’entretiens téléphoniques ou en mairie.
 

"du vrai porte-à-porte pour informer au plus près"


Quelles sont les priorités aujourd’hui pour l’équipe municipale ?
Georges Elfort :

La priorité est de faire en sorte qu’il n’y ait pas de cas déclaré à Saint-Georges et faire le maximum pour que les gestes-barrières et la distanciation sociale soient respectés.

Notre but est de renforcer les messages de prévention et d’insister sur le confinement pour que notre population ne soit pas touchée. C’est plutôt dans ce sens que le travail est fait. Nous avons !dée Santé et DAAC Guyane qui rendent visite aux gens, c’est du vrai porte-à-porte pour informer au plus près. Pour conforter le dispositif d’information, nous avons un véhicule sonorisé qui circule tous les jours avec la diffusion de messages en plusieurs langues dans tout Saint-Georges et ses alentours pour expliquer l’importance du confinement.
 
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Les rues sont quasi-désertes et le confinement semble plutôt respecté. ©C. Joseph

Qu’en est-il du confinement sur votre territoire ?
Georges Elfort : Le confinement à Saint-Georges est bien respecté, je ne dirais pas très bien mais

j’avoue avoir été surpris par la discipline de la population.

Evidemment qu’il y a quelques récalcitrants mais pour faire face à ce type de comportement, les forces de l’ordre font un travail important à Saint-Georges pour faire entendre raison aux récalcitrants. Elles donnent des amendes et pénalisent, j’ai moi-même fait une tournée avec elles après l’heure du couvre-feu et on a constaté qu’il n’y avait pas beaucoup de monde dehors. Le rôle des forces de l’ordre a été prépondérant en expliquant aux gens que c’est pour le collectif et le bien-être de toute la population.

Quel mode opératoire pour convaincre les citoyens de respecter les mesures prises ?
Georges Elfort : Le véhicule sonorisé fait du rappel quotidien et le bouche-à-oreille a bien fonctionné aussi. Les gens sortent en journée mais selon moi sans abus et en respectant les mesures, ils sortent pour faire leurs courses et voilà.

Etes-vous favorable au port généralisé du masque dès que quelqu’un quitte son domicile ?
Georges Elfort : C’est l’évidence même le port du masque. On est en face de quelque chose que l’on ne connait pas. Personnellement quand j’écoute les différents experts, les positions divergent. Alors certains disent que le masque est important, d’autres tiennent un discours opposé. Ceci dit,

j’aurais préféré que tout le monde porte un masque en extérieur.

 

Reprise des cours le 11 mai: attendre les modalités avant de se prononcer


Chez vous, est-ce que le port du masque a été adopté par vos administrés ?
Georges Elfort : Il y a quelques personnes qui en ont, certains en ont fabriqué. C’est dommage. Nous sommes en train de réfléchir à des solutions locales pour nous débrouiller parce que ailleurs, sur l’île de Cayenne ou à Kourou on voit que des masques sont livrés.

C’est dommage pour nous, les dons n’arrivent pas sur l’Est de la Guyane.

Face à cette situation, on est en train de travailler avec des couturières pour essayer d’en fabriquer un maximum pour en fournir à la population.

Quel est votre avis sur la date du 11 mai annoncée par le Président de la république pour la reprise de l’école ? 
Georges Elfort : Le président de la république est dans son rôle avec cette annonce mais il faut attendre les modalités avant de se prononcer. Je ne vais pas m’affoler, nous on essaie de se tenir prêt avec une désinfection des bâtiments et on avisera. Nous, ici, il y a des problématiques telles que des enseignants qui habitent au Brésil ou des élèves qui arrivent du Brésil. Il faudra traiter ça aussi. Est-ce qu’ils seront en quarantaine ? Voilà le genre de questions que l’on se pose.

Pour les bâtiments nous serons prêts, pour le reste il y aura les modalités à discuter avec l’Etat.

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Le maire de la commune en plein marché, un nouveau principe adopté par la population.


Evoquons la communauté des communes de l’Est, quel lien avec vos collègues et l’organisation des missions habituelles?  
Georges Elfort : Nous avons à la CCEG opté pour le même type de fonctionnement qu’à la mairie de Saint-Georges autour de la directrice. Jusqu’à maintenant, les services fonctionnent avec un effectif réduit certes mais, le service public est assuré. Avec mes collègues maires, le contact n’est pas toujours aisé avec les liaisons avec Camopi par exemple. Mais nous assurons tâches dévolues à la communauté des communes, tant à Ouanary, Régina, Camopi et Saint-Georges. Les agents techniques poursuivent leurs missions et puis le programme Leader est maintenu. Pour l’heure, nous nous sommes adaptés et on poursuit le travail.
 

"les polices brésiliennes et françaises ont fait un énorme boulot sur le fleuve"



La problématique des marchés a suscité des réactions ces derniers temps. Entre soutiens aux producteurs et pêcheurs, quelle est la stratégie pour St-Georges ?
Georges Elfort : Nous avons deux points de vente de poissons et de légumes mis en place chaque semaine, le vendredi et le samedi. Cela se passe bien avec un respect des distances, les gens ne s’affolent pas et semblent sereins. Je ne sais pas si c’est à cause de la peur mais ça se passe bien au final à Saint-Georges de l’Oyapock pour l’instant.

Comment sentez-vous vos administrés en cette période si spéciale ?
Georges Elfort :

Moi je pense qu’il y a la peur de l’inconnu et puis il y a la problématique de l’éloignement.

On sait très bien tous à Saint-Georges qu’il n’y a déjà pas suffisamment de lits à Cayenne en cas de pic. Conséquence, on se dit que si ça nous attrape à Saint-Georges ou dans les communes de l’intérieur, on se demande à quelle sauce on sera mangés. Donc la population fait très attention et respecte pour la grande majorité des cas les règles de confinement.
 
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Très peu de pirogues sur le fleuve même s'il est difficile de tout contrôler selon Georges Elfort, le maire de la commune.


Quid des relations avec vos voisins brésiliens ? Les pirogues sont-elles à quai ou cela reste-t-il difficile compte tenu des échanges permanents entre les deux rives ?
Georges Elfort : Sur le fleuve, pour les piroguiers de Saint-Georges, leurs pirogues sont amarrées. Du côté d’Oyapocke, il y a de moins en moins de pirogues. Il y a en face Villa Victoria, c’est là où il y a beaucoup plus de pirogues qui arrivent encore chez nous. Mais la semaine dernière, les polices brésiliennes et françaises ont fait un énorme boulot sur le fleuve et il y a eu moins de pirogues en circulation. Maintenant

on ne peut pas mettre un policier tous les dix mètres pour vérifier si la circulation se poursuit. Toutefois, je salue le travail de coopération et de collaboration entre les polices de part et d’autre du fleuve.


Est-ce que cela vous inquiète que ces déplacements et transferts continuent ?
Georges Elfort : On est toujours inquiets parce que entre Oyapocke et Saint-Georges il y a moins de 10 minutes. Je suis en relation avec madame le maire d’Oyapocke et elle me fait part de ses inquiétudes aussi. Il y a eu deux cas dont l’un est traité à Macapa et l’autre confiné de manière stricte à domicile. Ceci dit, en y réfléchissant, même chez nous, on a peur de l’autre parce qu’il n’y a pas de test et ça pourrait être facile de faire porter le chapeau à l’autre. C’est vrai que l’on craint que ça puisse arriver de partout au final mais… il faut

rester serein et appliquer les gestes-barrières en espérant ne pas avoir à gérer une situation catastrophique.


Quel est votre message à la population de votre commune et celle des habitants de l’Est guyanais ?
Georges Elfort : Pour Saint-Georges, je dirais à la population de rester confinée. Que chaque citoyen fasse passer le message pour que le confinement soit respecté au maximum. Pour l’Est guyanais, je pense que les gens ont assez bien compris la problématique et il faut s’imposer ce confinement pour des lendemains meilleurs. D’ici le 11 mai, on va sans doute retrouver des habitudes…même si je crois que pas avant la fin de l’année on en aura fini avec cet épisode Covid-19.

Pour vous il y aura définitivement un avant et un après ?
Georges Elfort : Oui ce qui se passe est historique. C’est quand même une période qui sera marquée dans l’histoire, même nos chercheurs sont encore en quête de solutions. Pour nous les hommes, cela nous aura sans doute appris que l’homme n’a pas toujours toutes les réponses et je crois que cela nous invite à l’humilité.

 
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