Grève de l’Education Nationale : témoignages et revendications de deux enseignants mobilisés devant le Rectorat de Guyane

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Les enseignants étaient nombreux devant le Rectorat de Guyane, à Cayenne. Ils se sont mobilisés suite à l'appel lancé par les professionnels de l'Education Nationale. ©SNES-Fsu Guyane
En Guyane, l'appel à la mobilisation générale des enseignants à été entendu. Plusieurs dizaines de professionnels de l'Education Nationale se sont rendus devant le Rectorat de Guyane, à Cayenne, et à l'antenne saint-laurentaise. Deux manifestants nous expliquent les raisons de leur ras-le-bol.

Il y a quelques jours, les membres de l’Education Nationale ont lancé un appel à la mobilisation générale. L’intérêt collectif de cette grève : dénoncer les incohérences des protocoles appliqués dans les établissements scolaires depuis le début de la pandémie. Le manque de moyens dont disposent les écoles, collèges et lycées est aussi à l’ordre du jour. En Guyane, plusieurs dizaines de professionnels ont répondu à l’appel ce jeudi 13 janvier 2022.

De nombreux manifestants en Guyane

Très tôt ce matin, des chefs d’établissements, des professeurs des écoles, de collèges et de lycées, ainsi que des enseignants spécialisés se sont rejoints au centre commercial Family Plaza, à Matoury. Ils ont mené une opération escargot pour se rendre au Rectorat de l’Académie de Guyane, à Cayenne. Les manifestants auraient été escortés par deux motards des forces de l’ordre afin d’éviter les complications au niveau de la circulation routière. Notez que dans l’Ouest, des professionnels ont aussi manifesté devant l’antenne du Rectorat de Saint-Laurent du Maroni. 

Retour à Cayenne. Bruno Blampuy est professeur de technologie au collège La Canopée, à Matoury. Il fait partie du Syndicat National des Enseignements de Second Degré de Guyane (SNES-Fsu). Ce jeudi, il se tient devant le Rectorat de l’Académie de Guyane pour faire part de son ras-le-bol. Un sentiment qu’il partage avec ses collègues. Parmi les revendications abordées par le professionnel : "les protocoles qui ne sont pas suffisamment clairs et un peu ambigus" et "les fournitures en quantité insuffisante (les masques chirurgicaux, les masques FFP2 et les autotests)."

Des établissements ouverts, mais vides

L’établissement où il enseigne, La Canopée, fait partie des 20 collèges (sur 37 au total) qui n’ont pas fermé à ce jour. Les élèves et le personnel ne sont pas, pour autant, épargnés par la vague Omicron. "Au début de l’année 2022, quand on a repris les cours, on avait beaucoup d’élèves absents, mais aussi beaucoup d’enseignants. Ils étaient cas contact ou contaminés par le Covid-19. Ce qui fait qu’on se retrouve avec des classes en mode dégradée", témoigne l’enseignant.

Bruno BLAMPUY, professeur de technologie dans un collège de Matoury et membre du SNES-Fsu Guyane. ©Bruno BLAMPUY

Il manque beaucoup d’élèves, il y a beaucoup d’absents. Le collège est ouvert, mais parfois il y a tellement de professeurs absents que les élèves ne viennent plus. Ils se retrouvent avec une seule heure de cours dans la journée.

Bruno BLAMPUY, professeur de technologie au collège La Canopée, de Matoury.

"On dirait qu’en Guyane, il n’y a pas de pilote dans l’avion"

"On vient demander à ce que notre ministre (de l’Education, ndlr) et notre Recteur de Guyane arrêtent leur mépris, qu’ils arrêtent de nous donne des ordres contradictoires à chaque fois", réclame une autre manifestante, à Cayenne. Nadia Zehou est enseignante spécialisée à Rémire-Montjoly. Comme ses collègues, elle demande la mise en place d’un protocole clair et de moyens efficaces pour lutter contre la propagation du Covid-19. 

Nadia ZEHOU, enseignante spécialisée à Rémire-Montjoly. ©Bruno BLAMPUY

"On a affaire à un Recteur qui ne donne aucune solution. On dirait qu’en Guyane il n’y a pas de pilote dans l’avion", poursuit-elle. La professionnelle de l’éducation nomme plusieurs difficultés à gérer. La première étant les élèves traumatisés par ce qui se passe autour d’eux. Cela entraîne des difficultés d’apprentissage. Puis, il y a les parents qui doivent manier la garde des enfants et leur travail. Et, enfin, les allers-retours des collègues malades qui partent, des guéris qui reviennent et des isolés.

Les élèves ne parlent plus que de ça. Je n’avais jamais vu d’enfants de 10 ans dire : ‘qu’est-ce qu’on va devenir ? Quand est-ce que tout ça va se terminer ?’ Puis ils restent des petits enfants. A la récréation, ils mangent leur petit goûter, le masque, ils l’enlèvent et le posent par terre. A des moments, ils ont envie de pleurer parce qu’ils ont le nez qui coule et ne savent pas comment faire… C’est intenable.

Nadia ZEHOU, enseignante spécialisée dans trois écoles de Rémire-Montjoly

Des parents d’élèves en pleine détresse

Nadia Zehou souhaite que les enseignants reçoivent du soutien de la part du ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer. "Cela éviterait que les professeurs ou les chefs d’établissements aient à gérer seuls les écoles ou leur classe et leurs élèves", estime l’enseignante spécialisée. D’ailleurs, à des moments, les enfants se retrouvent sans instituteur. Ces absences peuvent être répétées pour diverses raisons.

On a des parents qui viennent chercher leur enfant trois fois dans la semaine. Et puis on n’a plus le droit de mélanger les classes. Parfois, on doit appeler les parents de toute une classe pour leur dire de venir chercher leurs enfants. Certains nous disent : ‘la prochaine fois que je sors de mon travail, je serai licencié.'

Nadia ZEHOU, enseignante spécialisée dans trois écoles de Rémire-Montjoly

Notez qu'un nouveau protocole, adapté aux besoins du territoire, devrait être annoncé par le Recteur de l'Académie de Guyane d'ici lundi 17 janvier 2022. Pour l'instant, les enseignants et les élèves doivent continuer d'appliquer le protocole en vigueur depuis le mois de septembre 2021, et ce malgré l'augmentation des cas de Covid-19. Pour finir, sachez qu'au moment où cet article est rédigé, plus de 50% des établissements scolaires de Guyane sont fermés à cause de la situation sanitaire.