Haïti : Les hôpitaux et les télécommunications paralysés par la pénurie de carburant

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Haïti: hôpitaux et télécommunications entravés par la pénurie de carburant
Vue aérienne d'une rue désert à Port-au-Prince. ©Ricardo ARDUENGO AFP
Les hôpitaux et services de télécommunications en Haïti ont alerté lundi sur le risque d'arrêt de leurs activités en raison de la pénurie de carburant causée par la mainmise des gangs sur la capitale Port-au-Prince. Les équipes des associations humanitaire en appellent à l'aide internationale.

Des vies sont "susceptibles d'être perdues" si les livraisons de carburant ne parviennent pas immédiatement aux hôpitaux, a averti le coordinateur humanitaire par intérim des Nations unies dans le pays, Pierre Honnorat, dans un communiqué publié dimanche.


L'association des hôpitaux privés d'Haïti, qui fournit plus de 70% des soins d'urgence et hospitaliers à la population, a elle lancé "un cri d'alarme au gouvernement", constatant une "situation dramatique". 

"Avec cette pénurie de carburant, c'est la poursuite de services vitaux de 40 centres hospitaliers à des pans entiers de la population qui est hypothéquée. Les plus démunis risquent d'en payer chèrement les conséquences de leur vie", a précisé l'association dimanche.

Haïti: La pénurie de carburant provoquée par l'insécurité met en péril la vie des femmes et des enfants dans les hôpitaux
©UNICEF Haiti/2021/Edler

Des centaines de femmes et d'enfants qui nécessitent des soins d'urgence dans les établissements de santé "risquent de mourir si des solutions ne sont pas trouvées à la pénurie de carburant qui prévaut en Haïti depuis des semaines en raison de l'insécurité", a averti, de son côté, l'UNICEF.

Plusieurs hôpitaux à travers le pays ont envoyé des messages de détresse directement à l'organisation humanitaire, via les médias et les réseaux sociaux. Ils ne disposent pas de carburant pour faire fonctionner leurs groupes électrogènes et assurer la continuité de leurs services d'urgence.

« Avec l'insécurité qui règne à Port-au-Prince, la vie de nombreuses femmes en âge de procréer et de nouveau-nés est en danger car les hôpitaux qui devraient leur prodiguer des soins vitaux ne peuvent pas fonctionner normalement, faute de carburant. Ils risquent de mourir si les services de santé ne peuvent pas leur prodiguer des soins adéquats ».

Raoul de Torcy, représentant adjoint de l'UNICEF


Même inquiétude du côté de Médecins sans Frontières, une ONG présente en Haïti depuis 30 ans.

Haïti : deux mois après le séisme, les besoins en matière de santé sont encore importants
Médecins sans frontières est aussi préoccupée par la situation. ©AFP

Deux mois après le séisme du 14 août, les besoins médicaux restent importants pour MSF qui intervient dans les zones touchées. De nombreuses personnes blessées poursuivent leur traitement et leur rééducation. 

"Si la situation perdure, l'hôpital de traumatologie/grands brûlés de Tabarre à Port-au-Prince, qui reçoit en moyenne 155 patients par mois, risque de devoir réduire ses activités et restreindre ses critères d'admission dans les prochains jours",

Medecins sans frontières


Les gangs qui contrôlent une bonne partie de Port-au-Prince bloquent les axes routiers qui conduisent aux terminaux pétroliers. Ils empêchent depuis plusieurs mois l'approvisionnement régulier et sécurisé des stations-service.

Un appel à la grève lancé par les syndicats de transports en commun

Cette situation entraîne déjà l'arrêt de service de télécommunications mobiles, dont les antennes sont alimentées en électricité par des générateurs. 
"Plus de 300 sites sur 1.500 de la Digicel sont affectés par la pénurie de carburant", a déploré lundi Jean-Philippe Brun, directeur des opérations de cette compagnie téléphonique qui contrôle 75% du marché haïtien.

Ecoles et commerces ont gardé portes closes aujourd'hui dans la capitale haïtienne, où les rues, d'ordinaire encombrées par le trafic, étaient désertes à la suite d'un appel à la grève lancé par les syndicats de transports en commun pour protester contre l'insécurité grandissante.

Considérant les risque potentiels de violence, à l’instar de certaines autres ambassades et organisations internationales, l’ambassade de France est fermée au public depuis aujourd'hui, lundi 25 octobre, et elle suspend ses activités.