La fièvre Q, une maladie qui suscite bien des interrogations en Guyane

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©Institut Pasteur de la Guyane
La fièvre Q, suscite bien des interrogations. Des chercheurs guyanais mais aussi internationaux tentent de percer les secrets de cette maladie. Certes, elle existe dans le monde entier, mais en Guyane, elle présente une forme unique et mystérieuse.

Fièvre élevée, douleurs diffuses, maux de tête, atteinte des poumons (pneumopathie)  toux, crachats, douleur dans la poitrine, ce sont les symptômes les plus fréquents d’une fièvre Q. Cette maladie est présente dans le monde entier, C’est une infection assez commune due à une bactérie appelée Coxiella burnetii, transmise d’un animal vertébré à l’homme. 

En Guyane, c’est différent. La fièvre Q présente une forme spécifique unique au monde. D’abord, les cas sont plus fréquents : le nombre par habitant chaque année est le plus élevé de la planète (100 à 500 fois) et ce, principalement sur l’île de Cayenne. Une forme inédite qui intéresse les chercheurs car l’origine de la bactérie est inconnue.

Professeur Loïc Epelbouin
Professeur Loïc Epelbouin ©DR

Chaque année 40 à 70 cas sont diagnostiqués et principalement dans l’Île de Cayenne. Ailleurs dans le monde c’est une maladie qui est clairement inhérente aux zones rurales, on sait qu’il y a une transmission complétement liée à l’élevage et qui concerne surtout des agriculteurs, des vétérinaires, les gens qui travaillent dans les abattoirs en contact des petits ruminants. Cela survient principalement au moment de la mise-bas des animaux. Les cas sont rares. En Guyane cela touche tout le monde, et n’importe quand dans l’année, bien que la recrudescence des cas se note également en saison sèche. Le réservoir animal vient plutôt de la faune sauvage que du bétail.

Professeur Loïc Epelboin infectiologue au CHC

Une souche recherchée

Agent pathogène de la fièvre Q
Agent pathogène de la fièvre Q ©DR

La recherche de la bactérie ne permet pas d’identifier l’animal transmetteur. Les interrogations sur le rôle des animaux (rongeurs, marsupiaux, oiseaux, chauves-souris, bovins, chiens, chats) ont entraîné plusieurs études sans pour autant déterminer la souche de la maladie.

Aussi des recherches poussées sont effectuées à l’Institut Pasteur en étroite collaboration avec le CHC (Centre hospitalier de Cayenne), l’office français de la biodiversité, les réserves Connétable et Grand Matoury, le laboratoire de recherche de l’université TIPIB. 

On a déjà retrouvé cette bactérie chez un mouton paresseux, un cabïai, chez des cochons bois. Probablement cela circule dans la faune sauvage, eux ils émettent cela par les selles dans l’environnement. C’est une bactérie qui est très résistante. Elle reste. (...) On a une souche unique au monde, tous les patients identifiés, c’est toujours la même. C’est ce qui fait sa particularité unique au monde. Au centre national de référence qui se trouve à Marseille, les malades référencés vivent en Guyane, voyagent en Guyane ou viennent de Guyane. C’est une souche qui est plus virulente qu’ailleurs, elle a pour particularité de toucher beaucoup plus les poumons et de donner des infections pulmonaires. Ailleurs les infections pulmonaires représentent 8 % , en Guyane, c’est 90 %. Nous voulons savoir avec l’Institut Pasteur et le Centre hospitalier de Cayenne d’où proviennent les bactéries. Nous avons fait des centaines d’échantillons d’animaux pour comprendre d’où vient la bactérie. (…) Il y a un mythe comme quoi cela venait des chauves-souris. Nous avons capturé de nombreuses chauves-souris pour savoir si elles étaient porteuses de la maladie. Ce n’est pas avéré.

Enfin dernière interrogation : cette maladie est concentrée sur l’Île de Cayenne. Le taux d’incidence reste faible dans le reste du département. Paradoxalement la fièvre Q a un taux d’incidence très bas chez les pays voisins comme le Suriname, le Guyana et dans les états amazoniens du Brésil.