Législatives 2022 : ce qu’il faut savoir sur Manuel Jean-Baptiste candidat dans la seconde circonscription de Guyane

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Manuel Jean-Baptiste, candidat à la députation dans la seconde circonscription de Guyane
Manuel Jean-Baptiste, candidat à la députation dans la seconde circonscription de Guyane ©Manuel Jean-Baptiste
Ils sont 9 candidats dans la seconde circonscription de Guyane à solliciter les suffrages des électeurs pour les élections législatives du 11 et 18 juin. Manuel Jean-Baptiste, figure emblématique des mouvements sociaux de 2017 dans l’ouest guyanais après avoir rallié l’équipe municipale de Saint-Laurent en 2020 se lance dans la bataille de la députation. Il nous explique pourquoi.

Manuel Jean-Baptiste s’est fait connaître en 2016 avec le Collectif des Iguanes de l’ouest créé sur la question des défaillances multiples de la couverture électrique dans l’ouest.
Un combat mené à bien qui a permis le renforcement du réseau. Ce sapeur pompier professionnel de 41 ans, père de 3enfants avait déjà à son actif une première bataille syndicale menée en 2011 pour la mise à disposition d’un hélicoptère pour la sécurité civile « Dragon 973 ».
En 2017 avec le collectif des Iguanes de l’ouest, il se fait le relai des manifestations contre l’insécurité à l’initiative des 500 frères. Au sein du Kolectif Pou Lagwiyan Dékolé, il travaillera au projet guyanais sur les thématiques de sécurité, santé, énergie, éducation. Sollicité pour les élections municipales de 2020, il passe de l’action syndicale et militante à l’action politique aux côtés de Sophie Charles, maire de Saint-Laurent et occupe actuellement le poste de 3e adjoint délégué aux Services techniques, à l’embellissement de la ville et à la sensibilisation à la salubrité publique et à la propreté.
Avec comme slogan « Tous Guyane », Manuel Jean-Baptiste a officiellement annoncé sa décision de participer à l’élection législative le 4 mai. Sa suppléante est Ingrid Joachim : "Ingrid est une « militante », ancienne intervenante en langue maternelle, elle décide de s’orienter vers le professorat afin de contribuer à combler une carence dans sa commune natale, elle se forme pour exercer chez elle. C’est vers cela que nous devons collectivement aller : revenir chez nous, apporter nos savoirs car la Guyane ne se construira jamais sans ses enfants."

  • Pourquoi vous présentez-vous ?

Ma candidature à cette élection est le fruit d’une réflexion collective.  Après notre victoire aux municipales de 2020 et au moment de l’arrivée du Coronavirus, nous avions besoin d’un relai national pour expliquer au gouvernement nos réalités et nos difficultés, particulièrement quand les déplacements étaient interdits, nous ne l’avons pas trouvé.  Ainsi, l’idée d’avoir un parlementaire libre de toute attache nationale en capacité à se positionner fermement sur des sujets fondamentaux pour la Guyane a germé au sein des esprits. La gestion de la politique vaccinale a été catastrophique chez nous et plus globalement dans les outre-mer, il aurait fallu que nos représentants portent la voix des Guyanais. Ça n’a pas été le cas, on voit le résultat sur le résultat des élections présidentielles dans les outre-mer. Nous pensons que la Guyane a besoin de représentants qui pourront  travailler ensemble. Je suis candidat car je propose aux électeurs d’être l’alternative entre la majorité et l’opposition : Ne pas dire oui à tout, ne pas dire non à tout ! Toujours choisir la GUYANE !

  •     Quels sont les principaux sujets de la Guyane que vous porterez à l’Assemblée Nationale ?   

Tous les sujets sont prioritaires en Guyane, cependant j’ai choisi trois sujets qui a mon sens pourront véritablement changer le quotidien des guyanais
La base du rattrapage du retard structurel dont souffre la Guyane est dans l’accord de Guyane, plus précisément dans le plan additionnel. L’appliquer dans sa globalité réglerait un pan important des différentes problématiques que nous rencontrons au quotidien et ce dans tous les secteurs. Les comités de suivi actés le 21 avril 2017 doivent être relancés. Le maillage du territoire doit être l’une des trois priorités de cette législature.              

1. Le désenclavement et l’aménagement du territoire. Tout d’abord parce qu’il est inadmissible que de telles disparités perdurent sur le territoire mais également parce que le désenclavement routier et numérique engendrera de manière mécanique du développement économique qui rejaillira sur l’ensemble du territoire.  
L’appui parlementaire sera fondamental sur ce dossier afin d’apporter l’éclairage nécessaire aux techniciens parisiens pour qu’ils sortent de la logique de chiffres et entendent l’urgente nécessité de relier par la route l’ensemble des communes de Guyane.  
Il nous faut travailler pour que toutes les routes nationales soient doublées afin d’absorber dans des conditions acceptables le flux de population qui se déplace quotidiennement. Les conséquences sur le quotidien des guyanais qu’engendre la centralisation administrative autour de Cayenne nécessite de penser un schéma développement raisonné sur les différents bassins de vie. Car le problème ne se trouve même pas dans l’attractivité du territoire mais bien dans le déséquilibre que l’on retrouve de manière systématique sur toute la Guyane. Nous devons conserver le charme de nos communes rurales mais nous devons créer les conditions favorables pour permettre l’installation des entreprises. Aussi, j’aurai à cœur d’accompagner les maires sur les orientations qu’ils auront choisies car qui mieux qu’un maire sait ce que souhaite sa population.    
2. La libération du foncier au bénéfice de la Guyane. L’ensemble des élus locaux est unanime: le problème du foncier est le plus gros frein dans la mise en œuvre de leur politique d’investissement. La situation de la Guyane, qui est une exception en France, nécessite que l’on trouve rapidement des solutions car il n’est pas normal pour un territoire aussi vaste de ne pas avoir de foncier disponible.  
Nous devons aller vers la libération du foncier en faveur des habitants du territoire concerné.  Il ne s’agit pas là de rentrer en guerre avec l’Etat mais bien de: -       donner à la Guyane les conditions nécessaires à son développement
-  de permettre aux habitants de Guyane de pouvoir se loger décemment
-  de faciliter l’installation d’agriculteurs et de pluri-actifs
-  d’être en capacité d’anticiper les besoins en infrastructures et équipements publics -  de créer de la richesse et donc de l’emploi  
3. Le pouvoir d’achat et la vie chère. Le premier élément qui institutionnalise la vie chère en Guyane est la sur rémunération qui n’est appliquée que pour les personnels publics et parfois à des taux variables sans que les prix à la caisse ne soient différents. La Guyane est bordée par deux pays indépendants qui n’ont ni le même système fiscal, ni le même système social ni les mêmes pratiques commerciales qu’en France et c’est dans cette situation géographique que se situe l’alternative pour les populations les plus éloignées. Il y a des avantages et plutôt que de l’appréhender comme une difficulté, nous devrions réfléchir à un fonctionnement harmonieux, à la mise en place d’une vraie coopération avec nos voisins afin de rapprocher nos règlementations en matière de santé, d’éducation et poser les jalons d’une coopération économique.  
Il faut aujourd’hui trouver une alternative à l’identité législative afin que les lois appliquées en Guyane correspondent à nos réalités quotidiennes. Le principe des habilitations existent mais l’expérience nous prouve qu’il faut aller plus loin, proposer des adaptations à travers la loi du 21 février 2022 dite « 3DS » (relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l’action publique locale) mais également penser un statut à la carte en adéquation avec notre réalité géographique.  
Enfin, le système de retraite actuel qui prive les fonctionnaires de la sur rémunération quand ils cessent leur activité doit être modulé. Je m’attellerai à rétablir de l’équité au sein de notre territoire, à faire entendre la vraie réalité de la Guyane et je travaillerai avec acharnement pour avoir des résultats.  

  • Dans quel groupe de l’Assemblée Nationale allez-vous siéger ?  

Je l’ai dit plus haut, je ne souhaite être ni dans la majorité ni dans l’opposition car j’ai à cœur d’être constructif. J’envisage de proposer un groupe aux parlementaires ultra-marins afin de faire entendre d’une même voix nos problématiques communes. La règlementation ne nous permet pas de créer un groupe sur la base d’un ancrage territorial alors nous l’appellerons comme nous voudrons mais si l’intention est partagée nous le mettrons en place.  
Je sais pouvoir compter sur le réseau de Sophie Charles qui est trésorière de l’ACCDOM (Association des communes et collectivités d’outre mer) et représente cette association au bureau de l’association des maires de France. A défaut, je choisirais un groupe indépendant afin d’avoir de la liberté et du temps de parole.