Les demandeurs d'asile toujours plus nombreux à camper dans les rues de Cayenne, la ville capitale.

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Migrants dans les rues à Cayenne ©Guyane
Ils ne passent pas inaperçus dans les rues de Cayenne depuis deux ou trois ans… Des migrants venus notamment du Proche-Orient viennent en Guyane demander l’asile. Et faute de logements en quantité suffisante pour les accueillir, beaucoup dorment dans les rues du chef lieu.

Selon la préfecture, il y a eu l’année dernière plus de 2300 demandes d’asile déposées en Guyane du 1er janvier et la mi-novembre. La Croix Rouge indique  environ 2700 demandes l’année dernière. Ce chiffre reste stable depuis quatre ans, après la brusque augmentation des années 2016 et 2017. Selon la Croix Rouge, le Proche-Orient - les Syriens d’abord, et les Palestiniens - représente environ 20 à 25 % de ces demandeurs. Les ressortissants haïtiens restent les demandeurs les plus nombreux, avec 70 % environ du total, mais ils ne vivent pas dans les artères de la ville capitale. En attendant une meilleure vie, les familles syriennes, et palestiniennes errent dans les rues du chef-lieu, Cayenne est devenue leur abri. 

Des hommes et des histoires

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Migrants à Cayenne ©Guyane

Au Yémen, Hussam dit avoir été vendeur de voitures, il ne manquait de rien, avec sa femme et sa fille. A Cayenne, il dort dans la rue. Hussam a quitté son pays en 2018, où il était menacé de mort. Quand il pleut, Hussam s’enveloppe dans une bâche. Sa femme est morte en décembre au Yémen, sa voiture ayant sauté sur une mine. Il tient le coup grâce à la générosité des Guyanais, dit-il, en attendant le résultat d’un recours pour l’asile…

DAECH voulait me tuer, je ne pouvais pas rester au Yémen Je ne voulais pas prier tout le temps comme ils le demandaient, je suis libre moi. Tu peux aller en prison, un, deux ou trois ans, ils peuvent te tuer, tu ne sais pas. Je n’avais plus d’argent, et je ne pouvais plus payer le loyer pour la chambre. Donc on est venu ici….on attend un logement de la Croix-Rouge, mais rien pour le moment…

Hussam, demandeur d’asile du Yémen

Sami est syrien, lui aussi dans la rue. Il est arrivé en Guyane trois jours avant Noël avec sept compatriotes, venus du Vénézuela. Sami a vécu 14 ans dans ce pays, qui a sombré dans la crise…Dix jours de voyage, à partir de Caracas, le Brésil, Manaus par la route, puis Macapa en bateau, le bus jusqu’en Guyane, où les candidats à l’asile sont admis automatiquement pour déposer leur demande à Cayenne. Coût du trajet : 1100 dollars, y compris les passeurs pour entrer au Brésil à partir du Vénézuela.

Ces dernières années, c’est devenu très dangereux Il y a beaucoup de voleurs dans les rues Tout a changé au Vénézuela, mais la première chose, c’est l’insécurité. Des gens qui ont des motos te font passer, parce que tout seul, c’est impossible…si tu essaies, tu te fais voler tes affaires

Sami demandeur d'asile de Syrie

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Carte des migrants ©Guyane

Alan est kurde de Syrie. Dans son pays, il était photographe, dans son portable, ses clichés, réalisés dans un pays détruit par la guerre. Son métier en a fait une cible. Alan est arrivé en Guyane il y a un mois, via le Brésil. Il est diabétique…chaque jour, il s’injecte de l’insuline fourni par l’hôpital, mais dans la rue, impossible de stocker longtemps les doses. Il lui faudrait un logement avec un frigo. Alan, est arrivé en Guyane il y a un mois, via le Brésil. Il est diabétique, chaque jour, il s’injecte de l’insuline fourni par l’hôpital. Mais dans la rue, impossible de stocker longtemps les doses. Il lui faudrait un logement avec un frigo. 

Le travail de photographe pour DAECH, c’est un pêché, ils peuvent t’égorger rien que pour ça. J’ai fait des photos dans des villes en guerre, comme à Kobané, que j’ai publié sur internet. J'ai aussi aidé des journalistes français à travailler sur place Cela m’a valu de gros problèmes avec le gouvernement

Alan, demandeur d’asile kurde de Syrie

Pas suffisamment d'hébergement 

L’hébergement des demandeurs d’asile, une compétence de l’Etat…Moins de 20 % des demandeurs sont hébergés en Guyane. Faute d'infrastructures suffisantes, les migrants vivent dans les rues de Cayenne. Ils sont partout, devant la préfecture, l'OFI, ou dans les jardins publics offrant un visage parfois de désolation. Un problème dénoncé par la mairie de Cayenne, qui est arrivée au bout des capacités d'accueil.      

Sandra Trochimara
Sandra Trochimara maire de Cayenne ©CL

Les différents échanges avec la préfecture ont permis d'analyser la situation. Nous sommes actuellement dans l'impossibilité de faire face aux défis dues flux migratoires. Cayenne ne peut pas être le réceptacle de tous ses migrants . Au quotidien, il faut gérer des familles entières installées sur les trottoirs. Nous avons mis un espace à la zone Galmot pour créer un centre d'hébergement d'urgence en lien avec la Croix Rouge et la préfecture. Aujourd'hui, nous sommes arrivés au bout de cette capacité.

Sandra Trochimara maire de Cayenne

Des solutions d'urgence doivent être mises en place. D'autres vagues migratoires sont à venir. La Guyane, est devenue un passage obligé.