Procès « Manoelzinho » : des questions sur l’ordre donné le 27 juin 2012 aux militaires

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Salle d'audience du tribunal de Fort de France
Salle d'audience des assises à Fort de France ©Laurent Marot
Les autorités ont-elles manqué de discernement le 27 juin 2012 en ordonnant aux militaires de retourner à Dorlin, après les tirs sur l’hélicoptère de la gendarmerie ? Une question soulevée à Fort de France lors du 2ème jour du procès aux assises des meurtriers présumés des deux militaires.

Temps fort hier : les témoignages des gendarmes pris pour cible dans l’embuscade, dont les deux blessés graves. C’est le cas de l’adjudant Laurent Chauvet, directeur d’opération pour la gendarmerie ce 27 juin 2012. Il est dans l’hélicoptère  visé par des tirs, au dessus de Dorlin. Un gendarme est blessé. Endommagé, l’appareil de la gendarmerie rejoint lentement Maripasoula et les trois autres hélicos de l’opération. « Je voulais donner l’ordre de ne pas y retourner», affirme l’adjudant à la barre des assises. « On avait un hélico au tapis, un blessé et on n’était pas équipé pour cette mission…mais j’arrive trop tard à Maripasoula, l’ordre est déjà pris». L’adjudant chef Fabrice Crunchant prend la tête de l’intervention. Il est lui aussi directeur d’opération, pour une deuxième phase de la mission, à Dorlin. « J’étais plus mature que l’adjudant Chauvet pour les missions en forêt », explique t-il à la barre (il est alors au Groupe des Pelotons d’Intervention de la gendarmerie de Guyane depuis 2010, Laurent Chauvet en est seulement à sa 5ème ou 6ème mission en forêt). « Et force doit rester à la loi », ajoute t-il, faisant référence à ceux qui ont ouvert le feu sur l’appareil de la gendarmerie. L’adjudant-chef Crunchant dit aussi avoir eu l’accord de l’adjudant Stéphane Moralia, responsable de l’opération au 9ème Rima, décédé par la suite.

Les gilets par balles traversés par des tirs d’armes de guerre

La hiérarchie donne son accord : 18 militaires et gendarmes sont posés à Dorlin pour progresser à pied, d’abord dans un marécage, puis sur une piste de quad, vers le lieu des tirs sur l’hélico. Puis c’est l’embuscade. Conçus pour protéger des armes de chasse ou des revolvers de calibre 38, les gilets pare balles portés ce jour-là par les militaires sont inopérants contre les fusils d’assaut des tireurs – probablement deux - postés sur une hauteur : deux soldats sont mortellement touchés au thorax et deux gendarmes gravement blessés, dont l’adjudant Chauvet, qui a reçu quatre balles dans le ventre. 48 munitions de calibre 5.56 sont tirées par les malfrats lors de cette embuscade, avec des armes de type M16. « Si j’avais  su qu’ils avaient tiré sur l’hélicoptère à l’arme de guerre (AK47 ou Kalachnikov, dans ce cas là), on n’y serait pas retourné», indique l’adjudant Crunchant. Pourtant, l’ordre de mission rédigé dans le cadre de la préparation de cette opération mentionne bien la présence dans cette zone d’une bande armée de fusils d’assaut, a rappelé vendredi un avocat des parties civiles.

Quatre accusés sont cités à comparaître dans cette affaire
En prison au Brésil, deux d’entre eux sont jugés en leur absence, dont le chef présumé de la bande, Manoel Moura Ferreira, alias « Manoelzinho ». Les deux accusés présents à Fort de France ne sont pas poursuivis pour avoir commis les meurtres ou tentatives du 27 juin 2012, mais pour d’autres faits présumés en lien avec la bande. Les réquisitions et plaidoiries sont attendues ce mardi, le verdict mercredi.
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