Saisie de près de 600kg de cocaïne au port de Rémire : une singulière filière criminelle révélée

trafic de drogue
Le grand Port Maritime de la Guyane
la technique dite du Rip-on/Rip-off désigne une technique de contrebande prisée des trafiquants de drogue. ©Jocelyne Helgoualch
594kg de cocaïne, plus de 50 000€ en numéraire, 4 interpellations. C’est la plus grosse saisie de cocaïne en Guyane. Une filière particulière de transport de cocaïne est ainsi mise à jour entre le Suriname et l’Europe, via un transit par les infrastructures portuaires de la Guyane.
Après une enquête préliminaire menée dès juillet, des éléments suffisants sérieux ont permis l’ouverture d’une enquête judiciaire pilotée par le parquet de la Juridiction Interrégionale Spécialisée (JIRS) de Fort de France. Les investigations de l’OFAST (office anti-stupéfiant) et de la gendarmerie de Guyane permettent aux enquêteurs d’identifier un départ imminent de cocaïne fin septembre, depuis le port de Degrad des Cannes.
 

18 sacs de toile remplis de cocaïne


Le 1er octobre vers 22h30, une importante opération de police judiciaire est lancée à travers Île de Cayenne avec une cinquantaine de gendarmes et une dizaine d’enquêteurs de l’OFAST.
Le butin de dette soirée de perquisitions :  594kg de cocaïne répartis dans 18 sacs de toile de 33kg accompagnés d’un plomb numéroté pour sceller le container. La marchandise était dissimulée dans un véhicule Citroën BERLINGO, à proximité du port.
Le conducteur dudit véhicule et les occupants d’une autre voiture à proximité sont interpellés.
Mis en cause par plusieurs éléments de l’enquête, un quatrième homme est également arrêté dans l’enceinte même du Grand Port maritime, sur le quai, à quelques mètres du navire. Tous les quatre sont immédiatement placés en garde à vue.
Les enquêteurs ont mis aussi la main sur plus 50 000€ en pièces et billets, trois véhicules de luxe (Audi Q5. Audi A7, Renault Talisman), un jet-ski et une moto Honda.
 

Un leader syndical du port arrêté


Âgés de 26 à 56 ans, trois des hommes interpellés sont nés en Guyane, le dernier est Haïtien. L’un d’entre-deux est domicilié au Suriname tandis que les trois autres demeurent sur le territoire à Matoury et à Cayenne.
Deux d’entre eux seraient sans profession, l’un se déclare orpailleur et négociateur en bois au Suriname. Le quatrième homme, figure importante du port de Degrad des Cannes, syndicaliste actif depuis plusieurs dizaines d’années, est employé dans une entreprise de transport maritime et de manutention portuaire de Rémire.
 

Inculpés d’importation et exportation en bande organisée de produits stupéfiants


Trois des suspects ont fait plusieurs déclarations au cours de leur garde à vue. Un seul a préféré garder le silence.
A l’issue de leur garde à vue, les quatre suspects ont fait l’objet d’un mandat d’amener vers la Martinique. Ils seront présentés au magistrat instructeur de la JIRS de Fort de France dans la semaine. Inculpés d’importation et exportation en bande organisée de produits stupéfiants, les auteurs encourent une peine de 30 ans de prison.
Ce ne serait pas la première fois que cette organisation procède à ce type de transport de stupéfiants vers l’Europe et le port d’Anvers et du Havre.
L’enquête se poursuit afin de préciser l’ampleur de ce trafic et le rôle exact des divers protagonistes.

Souce : Tribunal judiciaire de Fort-de-France.
Une technique du Rip-off
Une prise remarquable, fruit du travail minutieux des enquêteurs de la gendarmerie de Matoury depuis plusieurs mois.  Sa particularité : la technique dite du Rip-on/Rip-off. En anglais, « rip off », c'est à la fois un verbe, à traduire par arracher, et une expression d'argot, une arnaque.
Pour les douaniers, l'expression désigne une technique de contrebande prisée des trafiquants de drogue. Les stupéfiants, en quantité transportable par quelques d'hommes, voire un seul, sont placés à l'entrée d'un conteneur.
A défaut d'être soigneusement dissimulée sous les marchandises, la cocaïne voyage maquillée. Un complice, souvent une personne qui a facilement accès au conteneur dès son débarquement, brise les plombs scellant le conteneur et s'empare de la marchandise avant même que les services douaniers aient eu l'occasion de s'y intéresser. Et, de manière à ne pas éveiller les soupçons, referme le conteneur, à l'aide de plombs jumeaux, portant les mêmes numéros.
La technique demande à la fois une organisation élaborée et des complices dans les ports. Elle est particulièrement lucrative.
La quantité découverte dans cette affaire en Guyane représente celle transportée par plus de 400 mules transitant par la voie aérienne depuis le territoire. Un fois parvenue en Europe, la marchandise saisie serait d’une valeur d’au moins 18 millions d’euros, davantage une fois recoupée et revendue au détail.
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