Sécurité et Justice : où en est-on des engagements de l’accord de Guyane ?

accord de guyane
Le point sur les avancées de l'accord de Guyane signé le 21 avril 2017
« Vivre en sécurité », c’était la première revendication de la mobilisation populaire de 2017. Cinq ans après la signature de l’accord de Guyane, où est-on des engagements pris en matière de sécurité et de justice ? Les grands projets d’infrastructures sont engagés, mais la plupart sont toujours au stade des études ou des appels d’offre.

Bilan mitigé pour la gendarmerie. En 2018,  90 postes sont créées, après des renforts l’année précédente mais le 7ème escadron de gendarmerie mobile censé être permanent quitte le territoire en 2019. Il était très utile dans la lutte contre l’insécurité sur l’île de Cayenne.

La Police en attente de 140 agents 

Côté Police, le chantier du commissariat a enfin commencé, à Cayenne, après trente-cinq ans d’attente. La plupart des bâtiments de l’ex campus Saint Denis ont été détruits, pour accueillir le futur édifice. Les fondations doivent être coulées à partir de juin. Un projet de 50 millions d’euros dont la livraison est révue en 2024.

Mais rappelle Willy Ranguin, secrétaire départemental Unité SGP FO Police, la carence en effectif reste criante. Selon lui, il manque 140 policiers pour faire face à la délinquance en Guyane : 

"Nous avons une compagnie départementale d'intervention qui était à 3 sections de 22/23 agents à l'époque et aujourd'hui nous sommes à 3 sections de 11. A Saint-Georges nous sommes passés d'une soixantaine à une trentaine. A Saint-Laurent, nous sommes 40 sur 60 pour la PAF. Il y a les services judiciaires, la sécurité publique avec le roulement de jour et de nuit... en fait il y a tout le monde à réhausser."

La Justice attend une cité judiciaire et une prison à Saint-Laurent

Côté justice, le projet de cité judiciaire à Cayenne a maintenant deux ans de retard par rapport au calendrier fixé par la garde des sceaux en 2018.
Le chantier sera lancé sur le terrain de Rebard explique Laurent Fekkar, substitut général à la cour d’appel de Cayenne, délégué à l’équipement :

"... il accueillera à l'horizon 2026, la cité judiciaire de Cayenne avec le tribunal judiciaire, le tribunal administratif, le conseil des prud'hommes, le social etc... 12 000m2 ont été acquis intégralement..."

Les travaux doivent commencer début 2024, après le résultat de l’appel d’offre puis un an d’étude.

A Saint Laurent-du-Maroni, la prison et le tribunal seront érigés dans le secteur de la crique Margot, là aussi, le terrain a été défriché :

"... il y a tout à faire, il faut défricher, amener l'eau, l'électricité, une desserte routière à créer. Il y a plus de temps en études... on compte 2 ans de chantier avec une livraison en 2026"

En attendant la livraison de ces grands projets dans quatre ans, la justice guyanaise est en souffrance. Il manque du personnel, les juridictions sont dispersées à Cayenne.

Emmanuelle Wattraint, magistrate à la cour d’appel, délégué régionale de l’USM (Union Syndicale des Magistrats) :

"... on va de droite à gauche, le justiciable est balloté de site en site... c'est très compliqué pour le justiciable d'être au bon endroit au bon moment. Il y a un déficit chronique de personnel, on a besoin de magistrats, de greffiers pour répondre correctement à notre mission de service public...

Ainsi, à la chambre détachée du Tribunal de Grande Instance à Saint Laurent, il n’y a pas de magistrat permanent du parquet. Par ailleurs, en 2018, la ministre de la justice de l’époque avait promis des logements pour accueillir les 300 fonctionnaires prévus dans l’ouest pour les projets futurs du tribunal de grande instance et de la prison mais ce projet immobilier n’a pas avancé.

Un scanner à l'aéroport qui ne permet pas de détecter la drogue in corpore 

Sur le plan de la lutte contre le trafic de stupéfiants et les mules, à noter un échec : conformément à l’accord de Guyane, le service des douanes a été doté d’un échographe en août 2017 à l’aéroport Félix Eboué pour détecter les ovules de cocaïne ingérés par les mules, mais cet appareil n’a jamais fonctionné, faute de local dédié et surtout d’un médecin spécialisé pour le faire fonctionner. Un « scanner millimétrique » a bien été mis en place en 2020, mais il permet seulement de détecter la drogue cachée sous les vêtements ou dans les chaussures, mais pas « in corpore », c’est-à-dire ingérée.  

Retrouvez le texte de l'accord de Guyane ICI