Violence, sous-effectif, rythme de travail soutenu... Le quotidien d’un surveillant du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly

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Gardien prison
Ecusson du personnel pénitentiaire ©Jean-Paul Pelissier
En Guyane, comme sur le territoire national, les gardiens de prison subissent souvent la violence des détenus. A ces actes, s'ajoutent d'autres conditions de travail difficiles. Les manifestations des agents sont d'ailleurs nombreuses ces dernières années. Récit d'un surveillant pénitentiaire de la prison de Rémire-Montjoly.

Depuis le début de l’année 2022, plusieurs agressions ont en lieu visant les employés du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly. La plus récente a eu lieu le 14 avril. Une conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation a été la victime des coups d’un détenu. Ces nombreux actes de violence soulèvent des questions. Parmi elles, les conditions de travail des employés de la prison de Guyane. 

Plus de 20 années de surveillance pénitentiaire

Pour avoir des éléments de réponses, la rédaction s’est entretenue avec l’un des surveillants pénitentiaires de l’établissement. Pour des raisons de sécurité, nous l’appellerons Juliano. Âgé d’une quarantaine d’années, ce père de famille exerce depuis plus de 20 ans. Ce métier, il ne l’a pas réellement choisi. Il a saisi une opportunité. En 1999, son parcours le mène au concours de surveillant pénitentiaire qui se déroule dans l’Hexagone. Il le réussit et exerce là-bas pendant plusieurs années.

En 2004, il revient en Guyane et se confronte aux caractéristiques carcérales du territoire dès l’année suivante. Dans les établissements pénitentiaires, la surveillance se fait 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Les gardes doivent donc se succéder sans arrêt. Juliano travaille selon les rythmes suivants : 6h45-13h00, 12h45-19h00 et 18h45-7h00 pour le service de nuit. Il peut travailler le matin et la nuit. Dans ce cas, il doit, en théorie, bénéficier de deux jours de repos minimum.

Manque d’effectif, rythme soutenu et perte de motivation

Une fois en poste, Juliano a plusieurs fonctions. "On a pour missions : la garde, l’accompagnement et, en partie, la réinsertion de personnes placées sous main de justice", explique-t-il. Le matin, il est affecté à un "quartier" selon le planning du jour. Il supervise trois tâches importantes : la distribution de l'eau chaude, celle du petit-déjeuner et celle du déjeuner.

Le surveillant est présent pour que la distribution, faite par des PPSMJ, qui sont des auxiliaires des tâches de vies du secteur, se fasse dans les meilleures conditions. Il ouvre chaque porte de cellule pour que les deux auxiliaires donnent le repas, une cellule à la fois.

Juliano, surveillant pénitentiaire

Au cours de la journée, les surveillants assurent la mise en place des PPSMJ en les regroupant et en les encadrant jusqu'au terrain de sport ou en promenade. Dans ces moments, les agents travaillent en groupe, soit cinq agents par secteur maximum. Juliano estime que c’est insuffisant.

Le calcul qui est fait après les écoles, lors des étapes de mutations, est toujours défavorable aux départements d’Outre-mer. On est en sous-effectif. Un sous-effectif qui a mené, années après années, à une démotivation, une démobilisation des surveillants de Guyane. On est fatigués par ces rythmes effrénés, on fait de plus en plus d’heures supplémentaires.

Juliano, surveillant pénitentiaire

"On est de plus en plus malade"

A Rémire-Montjoly, en raison du manque d’effectifs, les agents doivent souvent effectuer des heures supplémentaires pour se partager les horaires. En février, il y avait 800 détenus environ, selon Juliano. La capacité étant de 614 places.  "Le plus épuisant, c’est de ne pas avoir suffisamment de jour de repos avant de retour dans cette arène", dit-il. Par exemple, "je travaille lundi, je commence à 12h45, je termine à 19h00. Mardi, pareil. Mercredi, je commence à 6h45 et je finis à 13h00 mais je reprends à 19h00 et je finis le jeudi, à 6h45. Puis j’ai un jour de repos le vendredi, mais ça recommence dès le samedi", indique Juliano.

Pour lui, la direction devrait changer de stratégie et améliorer le rythme de travail de ses surveillants. L’environnement et la gestion actuelle du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly engendreraient le mal-être des employés. "On est de plus en plus malades. Il y a beaucoup d’absentéistes en arrêt maladie, ce qui n’arrange pas la situation", indique le gardien de prison. S’il n’attribue pas l’augmentation des cas de violence aux seuls maux des employés, il estime que ces conditions découragent les potentiels agents et, donc, favorisent le phénomène de sous-effectif. Il devient alors plus difficile de gérer les détenus dans ce cadre.

"Une réorganisation du fonctionnement de l’établissement est nécessaire"

Par ailleurs, notez que dans un rapport du contrôle général des lieux de privation de liberté réalisé en octobre 2018, il est inscrit que : "Le centre pénitentiaire de Guyane ne présente pas les conditions permettant d’accueillir la population pénale dans le respect de ses droits fondamentaux. Une réorganisation du fonctionnement de l’établissement est nécessaire, notamment pour faire cesser le climat de violence. Pour cela, l’autorité de la direction sur la détention doit être restaurée et l’effectif des fonctionnaires de l’établissement doit être porté à la hauteur des besoins."