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Une femme violée accuse un "multi-récidiviste qui aime la chair fraîche"

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Campagne contre le viol
Extrait de la campagne contre le viol dans les médias ©CFCV.asso.fr
En pleine campagne nationale de sensibilisation contre le viol, une martiniquaise raconte son calvaire. Elle a été abusée à deux reprises, à quelques années d'intervalle. Aujourd'hui, elle essaie de tourner la page. Tâche difficile. 
Mathilde* avait été très claire au téléphone. Elle ne témoignera que si l’anonymat est préservé. Une fois l'accord passé, nous convenons d'un rendez-vous. La rencontre se déroule dans un lieu secret, deux heures plus tard. Mathilde est accompagnée de sa confidente, Fabienne Sainte-Rose, présidente de l’AMEVI, l’Association Mille et une Victimes d’Inceste. Les présentations se résument à une simple poignée de mains.  Elle ne me donnera ni son nom, ni son prénom. 
seq-viol par martinique1ere

Déjà victime d'inceste

Elle demande, à nouveau, que sa voix soit modifiée. "Je ne veux pas qu'on me reconnaisse", insiste-t-elle. Mathilde est fébrile. Les sourires sont rares et souvent forcés. Sa "marraine" n'est jamais très loin. A n'importe quel moment, sa "filleule" peut flancher. Mathilde demande de "faire un tour" avant de commencer.

Elle n'est pas à l'aise, ça se voit ! La voix est hésitante. Les réponses sont brèves. Son regard, par ailleurs, croise rarement le mien. Ses yeux fixent le sol ou le mur d'en face. Elle nous raconte cette vie ruinée très tôt par un inceste, puis par un viol, quelques années plus tard. La raison pour laquelle elle a préféré garder le silence "très longtemps, pendant 10 ans environ".

Violée par un homme politique ?

Le déclic se produit en 2013, après une rencontre, à l’hôpital, avec  Fabienne, "une personne de confiance qui m’a rassuré plusieurs fois, m’a mise à l’aise. Aujourd’hui, elle est comme une sœur". Elle évoque aussi son bourreau, "cet homme en qui j'avais confiance". C'est un "multi-récidiviste" qui aime "la chair fraîche" (sic), dira-t-elle encore, indignée. C'est tout qu'on saura. Visiblement, l'homme est influent. Malgré une rancœur tenace, Mathilde n'a, à ce jour, pas porté plainte. "Vu le rang social de ce monsieur, c’est difficile", s’est-elle justifiée.

Montrer la voie et dénoncer le viol

Mathilde tente aujourd'hui de se reconstruire, loin des cabinets de psychologues qu'elle fréquentait il y a encore quelque temps, le traumatisme est profond."Il faut bien que je me reconstruise. J’y travaille, je suis régulièrement accompagnée, mais ce n’est pas tous les jours évident". Actuellement, elle vit seule. "Un choix imposé par mon passé", explique-t-elle.

"J’ai rencontré certaines personnes, mais c’était difficile. Certaines choses me revenaient. Les relations sexuelles, aussi, c’était très difficile". A travers ce témoignage, Mathilde espère montrer la voie à toutes ces femmes qui hésitent à parler de leurs viols à d'autres. "Il faut parler de ça, choisir la bonne personne, pour être en confiance". Mathilde, elle, a déjà franchi le pas.
 
* Le prénom a été modifié
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