La diminution des aides de l’Europe provoque des réactions tardives dans le monde agricole

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Planteurs de bananes
Planteurs de bananes devant le siège de Banamart à Ducos. ©Martinique la 1ère
Les crédits européens versés aux producteurs des régions éloignées du continent, dont l’Outre-mer français, seront en baisse de 4%. Ce qui provoque la colère des dirigeants du monde agricole, qui refusent de tenir compte des inflexions de la politique agricole commune.
Les fonds européens en faveur de l’agriculture dans les régions ultrapériphériques vont diminuer pour la prochaine période 2021-2027. L’enveloppe du POSEI (Programme d’Options Spécifiques à l’Éloignement et à l’Insularité) le dispositif d’aide à l’agriculture de ces territoires éloignés du continent, va baisser de 3,9% soit 77 millions sur 280 millions d’euros. Aussitôt validée, cette décision politique de la commission européenne - le gouvernement de l’Union - les protestations de nos agriculteurs ont fusé.

Ils considèrent qu’il s’agit d’un manque de considération, alors qu’ils sont français et européens. Ils auraient dû, disent-ils, bénéficier d’un traitement identique à celui des agriculteurs continentaux, puissamment aidés dans le cadre de la politique agricole commune, la PAC. L’argument peut porter. Les gouvernements concernés, ceux de France, d’Espagne et du Portugal vont tenter de faire fléchir le ministre européen de l’Agriculture, de nationalité polonaise.

Or, celui-ci se conforme aux décisions antérieures de rééquilibrage des aides de l’Europe vers les peuples et les États de sa frontière orientale, comme la Hongrie, la Roumanie, la Pologne ou les pays baltes. De hauts responsables européens comprennent mal que les territoires périphériques soient privilégiés par rapport à ceux du continent.
 

La baisse des aides européennes était prévue


Sans négliger le fait qu’à la proximité géographique s’ajoute la proximité culturelle. Un Grec est plus proche d’un Hollandais qu’un Martiniquais ne l’est. Un Italien est davantage en phase avec un Tchèque qu’avec un Guadeloupéen. Les Européens de souche sont ainsi mieux servis que les Européens rapportés.

Cette diminution des crédits pour l’agriculture s’inscrit dans un contexte financier tendu pour l’UE (Union européenne). Ses ressources budgétaires ne sont pas extensibles. Le gâteau des fonds européens conserve la même dimension, mais les convives sont plus nombreux. Il faut donc distribuer de plus petites parts pour tous.

Une logique que refusent d’admettre certains de nos dirigeants du monde agricole. Ils ont raison de se battre pour préserver des situations acquises. Ils pourraient déployer la même énergie pour que les aides européennes soient distribuées équitablement. Ce qui n’est pas le cas. La banane d’exportation s’y taille la part du lion, au détriment des cultures pouvant permettre à nos paysans de vivre décemment du fruit de leur travail et à la population de se nourrir sainement avec les produits du terroir.

Parmi les objectifs de la politique agricole européenne figure en bonne place la promotion d’une agriculture nourricière pour ses producteurs et ses consommateurs. Nos agriculteurs se disent égaux de leurs confrères du continent. Pourquoi pas ? Mais s’ils commençaient à s’inspirer d’eux, ils seraient plus crédibles.
 
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