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Chlordécone : un pas en avant et un pas en arrière du président Macron

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Emmanuel macron en Martinique
Emmanuel macron en Martinique (28 septembre 2018). ©Thomas SAMSON / AFP / POOL
La déclaration très attendue du président Macron à propos des retombées de l’utilisation du chlordécone aux Antilles, prononcée à Fort-de-France jeudi 27 septembre 2018, laisse perplexe. Il avoue que l’État a failli mais renvoie aux calendes grecques l’indemnisation des victimes.
"L’État doit prendre sa part de responsabilité dans le scandale environnemental du chlordécone". Ainsi parle le président de la République, Emmanuel Macron. Jamais un dirigeant politique français ne s’était exprimé aussi honnêtement sur l’empoisonnement des populations de Martinique et de Guadeloupe par la corporation des planteurs de banane.

Les gouvernements et les responsables de la filière étaient dûment informés du caractère dangereux et toxique de l’insecticide plusieurs années avant l’arrêt de sa production. Au point qu’il a été interdit aux États-Unis, avant d’être fabriqué plus tard au Brésil.

Dès 1977, il était avéré que la molécule de chlordécone commercialisée sous le nom de Kepone devait être retirée du marché. Pourtant, elle a été utilisée officiellement jusqu’en 1993 dans nos deux pays. Et bien au-delà en réalité. Il fallait écouler les stocks achetés.

Si l’État est en partie responsable, cela signifie qu’il existe d’autres fautifs. Emmanuel Macron ne les a pas désignés, mais ils sont connus. Ce sont les négociants qui l’ont importé. Puis les trois ministres de l’Agriculture qui, de 1990 à 1993, ont signé les autorisations pour continuer d’acheter ce produit chimique interdit en France. Enfin, ceux de nos dirigeants qui se sont laissé berner par la chanson du chantage à l’emploi, magistralement interprétée par les planteurs de banane.
 

Un pesticide hautement toxique parfaitement connu


Qui dit responsabilité dit réparation. Le président Macron s’y est dit ouvert. Avec un sérieux bémol car il n’envisage pas d’indemnisation individuelle pour chacun des 90% des habitants de Martinique et de Guadeloupe. L’effort budgétaire serait insoutenable, plaide-t-il. Il opte pour l’ouverture du tableau des maladies professionnelles aux ouvriers agricoles ayant manipulé le dangereux insecticide.

Or, il faut attendre de longues années avant que Sécurité Sociale reconnaisse à un de ses ressortissants qu’il est tombé malade du fait de son travail. En clair, les patients souffrant du cancer de la prostate ont de faibles chances d’être indemnisés. Surtout que le président a évacué le sujet. Pour lui, les connaissances scientifiques ne permettent pas d’établir une relation de causalité entre cette pathologie et l’exposition au produit.

De quoi révulser les chercheurs ayant travaillé sur le sujet. Le président est-il si mal renseigné par ses conseillers ? Ils sont vraisemblablement effrayés par le coût exorbitant des réparations individuelles. Alors qu’il est avéré que l’augmentation anormale des cas de ce type de cancer est due à la présence massive du chlordécone dans notre environnement. Et il évacue le myélome, les retards du développement cérébral, l’infection du lait maternel, les cas inexpliqués d’autisme.
 

Des responsables bientôt déclarés coupables?


Qui dit réparation dit sanction. Depuis 2007, trois plaintes ont été déposées par les écologistes de l’Assaupamar et par leurs amis de Guadeloupe. En vain à ce jour. Les dossiers ont été délocalisés à Paris. La justice mise-t-elle sur la lassitude des plaignants ? Les magistrats ont-ils peur d’entendre les responsables de la catastrophe ?

Si les propos d’Emmanuel Macron ont surpris par leur franchise, force est de reconnaître qu’il était contraint de reconnaître la part de l’État dans ce drame collectif. Avec tant de preuves, l’inverse aurait été de la mauvaise politique. Il reste qu’il a été le président ayant avoué la faiblesse coupable des pouvoirs publics quant à une préoccupation majeure de certains de ses administrés. Et ce, alors que nombre de nos responsables politiques locaux se taisent jusqu’à ce jour.
 
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