Confinement à la martiniquaise, An I

coronavirus
Gens
Les premiers clients des magasins de mercerie à Fort-de-France. ©André Quion Quion

Voici un an jour pour jour, le 17 mars 2020, la France entrait en confinement. Comment absorber les mutations de notre société, dont toutes ne sont pas encore clairement identifiées ?

En Martinique comme sur la planète entière, des remises en cause sont à l’ordre du jour. Comme si le monde hésite entre un ordre ancien et un ordre nouveau. Ces deux notions restent à définir avec précision. Mais chacun s’accorde à dire qu’il existe une frontière invisible et réelle entre la vie d’avant le Covid-19 et la vie d’après. 

La conséquence la plus spectaculaire et la plus dramatique de la pandémie est, sans conteste, la crise économique et sociale. Les fermetures d’entreprises, faute d’activités et de débouchés commerciaux, se succèdent. Le corollaire, l’augmentation du chômage, a un impact direct sur la vie sociale.

Chez nous, le drame individuel de la perte de son emploi concerne avant tout les salariés des petites entreprises, celles ayant 10 salariés au plus. Elles représentent 84% des entreprises ayant des salariés et 36% des effectifs. Leurs ouvriers, employés, techniciens et cadres dépensent pour consommer, épargner et investir. 

Une crise multiforme à surmonter

 

Le dynamisme de notre économie auxquels ils contribuent sera directement affecté quand ils sont privés du revenu de leur travail. Comment la Martinique s’en relèvera-t-elle, et à quel délai ? Nul ne peut le prédire.

Et ceci alors que nous devons, en parallèle, affronter d’autres dimensions de la crise sociétale. Par exemple, les violences intrafamiliales et conjugales. Elles ont nettement augmenté en une année. Ce qui impose de revoir l’éducation de nos enfants, notamment le contenu et les méthodes de leur apprentissage de la vie.

Il importe aussi de repenser l’égalité entre hommes et femmes. Elle est encadrée par la loi dans les instances politiques, mais pas dans le monde du travail. En outre, cette notion demeure incomplètement acquise dans la sphère privée.

Au rang des nécessaires révisions, il convient également de reconsidérer les relations entre les représentants de l’autorité et les représentants des citoyens. Les élus, responsables devant le peuple qui les a choisis, pourrons-ils supporter encore longtemps d’être cantonnés au statut de courroies de transmission d’un gouvernement éloigné des réalités du terrain ?

Des révisions déchirantes en vue

 

En régime démocratique, toutes les strates des centres de décisions participent à la concertation la plus large afin de prendre des décisions compréhensibles et applicables par les citoyens. C’est le contraire qui a été effectué.

Nous avons été gouvernés par l’ignorance au début de la période de confinement. Puis gouvernés par la peur quand la pandémie flambait. Enfin, gouvernés par la répression, à mesure que la légitime contestation civique prenait de l’ampleur.

La parole publique s’est abîmée. L’autorité s’est considérablement affaiblie. Dès lors, les défis à relever sont nombreux et prometteurs pour bâtir sinon une société nouvelle, du moins, une société apte à se débarrasser de certains archaïsmes.