Décès de la Martiniquaise Océane Alger : sa famille remporte l’ultime procès

justice
Rubrique Bilé
Océane Alger ©D.R
En mars 2018, une adolescente avait mis fin à ses jours en banlieue parisienne après avoir été victime d’une arnaque. Sa famille a fait condamner mardi 14 juin 2022 l’auteur de l'escroquerie par le tribunal d'Évry-Courcouronnes. C’est la fin d’un marathon judiciaire pour les proches d’Océane Alger.

Le 8 mars 2018, la jeune fille de 17 ans se suicide en se jetant sous un train à la gare d’Évry-Courcouronnes. Geste désespéré d’une adolescente qui n’a pas supporté d’être flouée par son petit ami Rayan K. : il l’avait entrainée dans une arnaque aux chèques volés.

Rayan K. avait fait croire en effet à Océane Alger qu’il était chauffeur Uber et qu’il ne disposait pas de compte bancaire pour encaisser les chèques de son employeur. Il persuade la jeune fille de les déposer sur son compte et utilise sa carte bleue en contrepartie. Elle ignore que ce sont des chèques volés et se retrouve avec un trou de 6300€ lorsqu’ils sont rejetés.

Dévastés par le suicide d’Océane Alger, sa famille ne souhaite pas en rester là. Elle veut lui rendre justice et se lance dans une éprouvante bataille devant les tribunaux.

En octobre 2019, la famille Alger fait condamner Rayan K. pour escroquerie aux chèques volés. L’ancien petit ami d’Océane écope d’un an de prison avec sursis : il doit en outre verser 15 000 € pour préjudice moral.

En mars 2020, la famille Alger fait également condamner un homme de 22 ans. Témoin du suicide d’Océane à la gare d’Évry-Courcouronnes, il avait pris une photo du cadavre et l’avait diffusée sur Snapchat.

En avril 2021, la famille Alger fait aussi condamner la banque qui gérait le compte d’Océane pour des manquements. Le directeur de l’agence reconnait la « responsabilité » de l’établissement et verse une indemnité.

Tribunal judiciaire d'Evry
Tribunal judiciaire d'Evry ©cours-appel.justice.fr/

Cet après-midi, la famille Alger s’est retrouvée de nouveau au tribunal d’Évry-Courcouronnes pour sa quatrième et dernière plainte visant cette fois le complice de Rayan K. C’est lui qui a fourni les chèques volés.

En l’absence du prévenu, son avocat cherche à amoindrir sa faute. Cité comme témoin, le directeur de la banque atténue la responsabilité de son agence, prenant le contrepied de ses propres déclarations un an plus tôt.

Comme une plaie qui s’ouvre à nouveau, ces incohérences font mal à la famille Alger. Après la plaidoirie de leur avocate, le Président du tribunal lui donne la parole.

Dans la salle d’audience, la cadette de la fratrie, Laurence Alger, se lève et fond en larmes en tremblant. Puis, prenant son courage à deux mains, elle se redresse et s’adresse à l’assistance.

Je constate que chaque partie essaie de rejeter la faute du suicide d’Océane sur l’autre, de minimiser la gravité des évènements qui lui est reprochée

Laurence Alger parle également de son association « Prévention Océane » qui a pour but de dénoncer, alerter, sensibiliser, prévenir des dérives, telles que le revenge porn ou autres arnaques.

Le procès s’achève sur une condamnation pour complicité d’escroquerie de l’ami de Rayan K. Il écope de six mois de prison avec sursis et devra verser des dommages-intérêts à la famille Alger.

Au terme de cette quatrième procédure, remportée comme les trois précédentes, la famille Alger referme le chapitre judiciaire du décès tragique d’Océane, mais pour chacune et chacun de ses membres « la douleur reste entière ».