Les éleveurs de cochons de Martinique souffrent des intempéries

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Truie et son porcelet dans une boue très dense due aux intempéries. ©Christine Cupit
Noël ne sera pas vraiment Noël pour les producteurs de porc en Martinique. Ils ont subi de lourdes pertes, du fait des intempéries.
 

La production locale de porc en chute libre. Certains éleveurs de cochon ne se sont toujours pas relevés, depuis l'ouragan Maria. Ils ont perdu un nombre important d'animaux, ce qui a fait chuter la production de porc, de manière considérable.

"J'ai été très touchée par Maria, parce que j'ai ma toiture qui est partie. Heureusement pour moi, j'étais assurée. Ce n'est pas la DAF (Direction de l'Agriculture et de la Forêt) qui m'a aidée. Je ne parle pas du délai que ça prend, on est plus d'un an après Maria. C'est vrai que ça a eu un gros impact sur ma production. De 42 truies, je suis passée à 20 mères. Donc, ma production a diminué de moitié. Quand la toiture est tombée, mes porcs ne supportant pas la chaleur et le soleil, j'ai été obligée de réduire ma quantité de porc de beaucoup. D'habitude à Noël, j'ai un bâtiment plein, avec une capacité de 400 porcs. Là, je n'ai même pas la moitié", témoigne Nadine Louis Marie éleveuse porcine, à Saint-Joseph.

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Porcelets sur l'exploitation agricole. ©Christine Cupit

Sur son exploitation au Diamant, Jean-Claude Montluc élève des cochons planches ou cochons sauvages noirs, une espèce endémique de la Martinique.

Ses bêtes proviennent de la forêt du Prêcheur. Elles ont été fournies par le parc naturel. Jean-Claude Montluc réalise des croisements avec cochons de race européenne, afin d'obtenir plus de carcasses. Certains animaux pèsent jusqu'à 300 kilos.

Lui aussi dresse le même constat alarmant.

"J'ai beaucoup souffert. Je n'ai pas de revenu parce que j'ai perdu beaucoup, beaucoup de porcelets. Je fais de l'élevage en semi-liberté, les porcelets naissent dans la nature. Quand il pleut beaucoup, ils se noient dans la boue parfois. À cause de ça, j'ai un bâtiment pratiquement vide. J'essaie de relancer la production en ce moment.
Pour Noël, je n'ai pratiquement pas de porc. J'ai environ une quarantaine de bêtes à livrer. J'ai un bâtiment qui peut en contenir 230. Je me bats pour le remplir. Mais ce n'est pas évident, puisque lorsqu'on a des intempéries comme cette année encore avec les pluies, ce fut de nombreuses semaines de galère. Toute l'année, on consomme du cochon, mais les périodes de Pâques et de Noël, c'est la plus grosse affluence. Annuellement, cela représente 50%. À Noël, si le bâtiment est rempli, je peux réaliser 80% de mon chiffre d'affaires".

Une offre largement inférieure à la demande

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©Christine Cupit

Les aléas climatiques ne sont pas les seules difficultés auxquelles la filière porcine doit faire face.

"La production porcine aurait pu se porter nettement mieux. Mais ces temps-ci, elle rencontre de nombreuses difficultés. L'éleveur est souvent livré à lui-même. La première difficulté, c'est l'aliment. Un porc, ça mange tous les jours. On a un besoin d'une trésorerie très important.  Un porc, ça mange entre 2,5 et 5 kilos d'aliments par jour. Quand vous en avez 200 ou 300, ça commence à chiffrer. On a aussi, les soins. C'est vrai que les charges sont très lourdes. Si vous avez un porc qui vous coûte 100 euros, il y a 70 euros destinés uniquement aux charges. On peut éventuellement dégager un salaire, lors du pic de production", précise Nadine Louis Marie.


À côté des problèmes de trésorerie, les éleveurs de cochons doivent aussi faire avec les contraintes imposées par la réglementation.

"J'ai environ 25 truies. Mais je ne peux pas augmenter mon cheptel, parce qu'il y a un nombre de bêtes à voir, à l'hectare. C'est une mesure de précaution pour éviter la pollution. Il faut 15 truies par hectare. Il faut aussi des parcelles de rotation. À partir du moment où une parcelle est saturée, il faut pouvoir la remplacer.
C'est le manque de foncier qui empêche de travailler dans de bonnes conditions. Quand il pleut, je suis très malade, parce que mes bêtes sont dans la boue.  Un porc ne doit pas se trouver dans plus de 30 centimètres de boue. Tout est réglementé.  On fait un métier qui est très surveillé. Quand il pleut, ça ruisselle dans nos cours d'eau, une pollution de plus. Le lisier de porc, c'est une grosse pollution. Il faut que les parcelles soient à plus de 35 mètres d'un cours d'eau. C'est pourquoi on nous oblige à voir un nombre de bêtes limité sur toutes les parcelles", indique Jean Claude Montluc.


La production de porc en Martinique couvre 20% de la demande locale.

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Plusieurs races de cochons élevées en Martinique. ©Christine Cupit

 

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