Elysée 2022 : au second tour, la Martinique doit choisir entre l’hostilité et l’indifférence

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Marine Le Pen et Emmanuel Macron
Marine Le Pen et Emmanuel Macron, en finale de la présidentielle 2022. ©Stéphane Berlu / Radio France
L’élection du président ou de la présidente de la République est loin d’être jouée, à six jours du second tour. Pour qui les électeurs de Martinique vont se prononcer ? C'est la grande question. Entre un président au bilan décevant et une opposante qui suscite certaines craintes, comment choisir ?

L’hostilité envers Emmanuel Macron sera-t-elle plus forte que l’indifférence envers Marine Le Pen ? L’animosité envers le président sortant sera-t-elle plus déterminante que la complaisance face à la cheffe de file du Rassemblement national ? Il ne serait pas surprenant que les électeurs de Martinique votent davantage Macron que Le Pen.

Ce comportement serait fondé sur le traditionnel rejet des thèses défendues par l’extrême droite. Les résultats du second tour des élections précédentes le montrent. Jean-Marie Le Pen avait obtenu 3,8% des voix en 2002 face à Jacques Chirac. Sa fille Marine, en 2017 recueillait 22,4%, loin derrière Emmanuel Macron.

Au premier tour, les résultats des candidats d’extrême droite n’ont jamais été florissants non plus. Moins de 3% en 2002 et 18% aujourd’hui. Ce courant n’a jamais réussi à s’insérer dans le paysage politique local. Il ne dispose d’aucun élu et sa fédération, de création récente, est en reconstruction.

Le passé parle-t-il pour le présent ? 

Mais voilà, le passé parle-t-il pour le présent ? Pouvons-nous parier que le score de Marine Le Pen sera faible, comme d’habitude, au second tour ? Certes, nombre de Martiniquais exècrent les discours de haine à l’égard des immigrés. Certes, d'aucun ont des raisons de craindre certains membres de son entourage, au passé sulfureux. Certes, ils peuvent être inquiets de la tentation du repli sur elle-même de la France que souhaite le RN, aux antipodes de ses traditions de fraternité et d’égalité. 

Nous savons tout cela. Pourtant, le RN pourrait recueillir de bons résultats cette fois. Non pas que les Martiniquais se soient convertis à l’intolérance envers ce qui est différent. Non pas qu'ils soient tentés par la peur de l’étranger, la haine des personnes homosexuelles ou l’anti-féminisme. C’est précisément le manque d’empathie ressenti à l’égard d’Emmanuel Macron qui pourrait précipiter de nombreux électeurs dans les filets de l’extrême droite.

Un bilan introuvable ?

Car il faut chercher dans le bilan du président sortant ce qui a vraiment changé dans nos territoires. Les promesses de rupture d’avec un système économique, social et politique à bout de souffle n’ont pas été tenues. Ce sentiment d’inachevé nourrit cette défiance perceptible partout.

S’il était aussi populaire que ses rares soutiens locaux le prétendent, pourquoi n’a-t-il recueilli que 16% des voix ? Avec 9 points de moins par rapport à 2017, il n’est sorti en tête dans aucune commune de Martinique, même dans celles administrées par ses supporters. Or, celui qui réussit est récompensé, en politique aussi, en général.

Le président suscite en 2022 autant de déception qu’il avait provoqué de l’intérêt en 2017. Il n’avait pas vraiment convaincu il y a cinq ans en recueillant 25% des voix derrière Jean-Luc Mélenchon – déjà. Au moins, il lui avait été donné quitus quant à sa vision qui semblait moderne de nos pays au sein de l’archipel français – pour reprendre son expression.

Une loi de la science politique veut qu’il ne faut pas sous-estimer ces moments durant lesquels le peuple éprouve de la colère, de la déception ou de l’amertume. Ces ingrédients servent souvent de ferments aux révolutions, même si elles peuvent déboucher sur de nouvelles frustrations.