Elysée 2022 : rejeter l’extrême droite constitue-t-il un projet politique ?

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Opérations de vote dans les bureaux de Martinique. ©Martinique la 1ère
De nombreuses voix s’élèvent dans le milieu politique nous invitant à refuser de voter pour Marine le Pen soit en choisissant Emmanuel Macron, soit en votant blanc. Quelle est la portée de ce message, sachant que les problèmes de fond auxquels est confrontée la population ne sont pas résolus par nos institutions politiques ?

Barrer la route à l’extrême droite : c’est l’injonction énoncée par plusieurs de nos dirigeants politiques. Ils nous exhortent à rejeter un courant politique porteur de valeurs et de principes que notre histoire et notre présent nous incitent à réprouver.

Certes, nous constatons que les populistes européens au pouvoir portent atteinte aux libertés publiques et individuelles. Ils réduisent le droit à l’avortement. Ils refusent le mariage pour tous. Ils contreviennent au fonctionnement régulier des institutions. Ils pourchassent leurs opposants et bafouent le Parlement. Ils adoptent des lois discriminatoires contre les étrangers. Ils restreignent la liberté d’opinion et d’expression.

Certes, nous constatons que les discours hostiles envers celui qui ne partage pas notre culture et nos habitudes, se sont banalisés. Fort bien ! Mais où sont passés les partis politiques, leurs dirigeants et leurs militants depuis tout ce temps que l’extrême droite frappe à notre porte ?

Toutes tendances confondues, elle est devenue la première mouvance politique. Elle a rassemblé 32% des Français, contre 27% il y a cinq ans. Et pour la première fois, ses trois candidats totalisent 18% des suffrages en Martinique.

Des responsabilités partagées

Pour autant, nos formations politiques au pouvoir depuis les années 1980 portent une part de responsabilité dans ces résultats affligeants. L’opinion publique ne s’est pas brusquement convertie à la xénophobie et à l’autoritarisme distinctifs de l’extrême droite. Il faut être sourd ou aveugle pour refuser de comprendre que ce vote est aussi l’expression d’une certaine colère du peuple et la manifestation de frustrations accumulées.

Sur le plan économique, nos institutions sont incapables de juguler la misère et d’aider à créer des emplois pérennes.

Les inégalités sociales entre les plus pauvres et les mieux lotis ne cessent de s’agrandir. La précarité est le lot de milliers de familles. Les monopoles continuent d’exercer leur loi. La banane d’exportation domine l’agriculture nourricière, alors qu’elle ne représente que 1% du produit intérieur brut.

Sur le plan politique, que disent nos élus, par exemple, face au sort des personnels soignants suspendus ? Pour avoir refusé un vaccin, n’ayant commis aucune faute professionnelle, ceux-ci sont licenciés du jour au lendemain et en passe de perdre leur situation sociale. Pourtant, des solutions alternatives auraient pu être trouvées.

Barrer la route à l'impuissance politique

Que disent ou que font nos élus pour être crédibles face au préfet et au gouvernement ? Les hauts fonctionnaires et les ministres se moquent volontiers de nos dirigeants incapables d’impulser une gestion cohérente du transport, de l’eau, du recyclage des déchets, de la protection du littoral. Et le peuple s’en désespère, en silence.

Quelles perspectives nous offrent nos partis politiques à court ou moyen terme ? L’idéal de l’indépendance est abandonné. L’horizon de l’autonomie est sans cesse reporté. La mécanique de la décentralisation est sous-employée.

Barrer la route à l’extrême droite, disent-ils. Et ensuite ? Envisageons que sa candidate soit battue. Notre vie sera-t-elle meilleure et plus digne avec un slogan ? Et s’il était temps de  barrer la route à l'impuissance politique ?