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Entre révélations et évitements, la commission d'enquête chlordécone poursuit ses auditions

Chlordécone
Commission chlordécone
Audition de la commission chlordécone à Paris (25 septembre 2019). ©La1ère
Aujourd'hui mercredi 25 septembre 2019, les membres de la commission d'enquête parlementaire sur la pollution au chlordécone et au paraquat a entendu protagonistes, chercheurs et administratifs. Leurs auditions ont été marquées par des révélations et des louvoiements.
Dès 09h30 les responsables de la SEPPIC (Société d'Exploitation des Produits Pour les Industries Chimiques), sont auditionnés.
D'entrée de jeu ils indiquent que les archives qu'ils détenaient sur la commercialisation du Képone (pesticide à base de chlordécone produit par les États-Unis), ont été restituées au propriétaire de l'entreprise de l'époque.

Ainsi, toutes les tentatives de la commission d'enquête pour établir une quelconque responsabilité seront vaines. Même les liens entre la SEPPIC et la société De Lagarrigue ne seront pas établis clairement. Quant aux liens avec les planteurs ils ne seront pas non plus expliqués.

Les révélations fracassantes d'Eric Godard


L'audition de l'ancien délégué interministériel en charge du dossier chlordécone, aujourd'hui à la retraite, aura été des plus émouvante.

Alors qu'il est interrogé par les membres de la commission, il va craquer et c'est en pleur qu'il avouera savoir que dès 1991 le laboratoire de l'école de la santé avait détecté le chlordécone dans l'eau de Martinique et de Guadeloupe. Ce à quoi les instances gouvernementales avaient répondues qu'il fallait chercher les molécules demandées. Le chlordécone n'en faisait pas partie. En somme, circulez, y'a rien à voir ! Bien évidemment de cette découverte il ne reste rien. Aucune archive car la recherche avait été informelle.
 

Fraudes, trafics organisés...


Et c'est sans détour non plus qu'Éric Godard va expliquer qu'il n'a pas de preuves de vente du chlordécone après 1993 mais qu'il en a souvent entendu parler. Il évoquera aussi des trafics de chlordécone qu'il suppute étant donné le très bon état des sacs du pesticide saisis en 2002. 

Plus probant encore, il expliquera avoir été témoin d'échanges de mails entre la DIREN (Direction de l'environnement) et la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) faisant état de fraudes, de trafics organisés même.

 

La légèreté apparente de l'UGPBAN


Les représentants de l'Union des Groupements de Producteurs de Bananes de Martinique et de Guadeloupe (UGPBAN), se sont mntrés plutôt détendus.

Sourire aux lèvres, Pierre Monteux, directeur général de l'UGPBAN, va dès son introduction vanter les actions du groupement "en faveur de l'écologie" avant de se dédouaner en expliquant que l'Union des Groupements de producteurs de bananes n'existe que depuis 2003 et qu'il ne dispose pas d'archives de "l'époque chlordécone".

Fin du débat, malgré les tentatives du président de la commission, Serge Letchimy, de sa rapporteure, Justine Bénin et de la député Josette Manin.
Patrons de la banane
Quelques uns des dirigeants de l'Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN). ©La1ère
Il faudra attendre LA question fatidique de la participation possible ou non de l'UGPBAN au financement de  programmes de recherche pour la dépollution, pour que Pierre Monteux paraisse faillir. 

(Re)voir le reportage de Karine Zabulon.
 

L'exposé magistral d'un chercheur du CNRS


"Ce sont des mots forts... je vous en remercie", c'est ainsi que Serge Letchimy qualifiera l'introduction de Malcom Ferdinand, chercheur au CNRS.

Voilà maintenant 8 ans que le scientifique travaille sur le dossier chlordécone. Et son analyse est sans appel. En établissant une comparaison entre le cas Hopwell en Virginie (ville où était produit le Képone, pesticide à base de chlordécone, aux États-Unis jusqu'en 1975), et celui de la France, il va démontrer la lenteur avec laquelle a été traitée la pollution aux Antilles: 1 an aux États-Unis, 31 ans en France.
Une situation qui selon lui entraîne une crise multidimensionnelle : "environnementale et sanitaire, étatique, démocratique, de justice et enfin une crise sociétale".

Les auditions de la commission d'enquête parlementaire sur la pollution au chlordécone et au paraquat se poursuivent avec dans quelques jours les membres de l'État. Le rapport final devra être rendu le 4 décembre prochain.
 
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