Fanon, Césaire, Glissant : trois intellectuels portant haut les couleurs de la Martinique

politique
Frantz Fanon, Aimé Césaire et Édouard Glissant.
Les illustres martiniquais : Frantz Fanon, Aimé Césaire et Édouard Glissant. ©Martinique la 1ère et ULF Andersen / Aurimages/ AFP

Le 10e anniversaire de la disparition d’Edouard Glissant est l’occasion de cultiver son héritage intellectuel, mais aussi ceux de Frantz Fanon et d'Aimé Césaire. Ce 9 février 2021, Martinique la 1e diffusera le documentaire "Glissant, la créolisation du monde" à 20 H 35.

L’œuvre d’Edouard Glissant est incontournable parce qu’elle nous livre des clés de compréhension de la complexité du monde d’aujourd’hui.

Elle montre que la civilisation humaine est une et indivisible, en dépit de l’extrême diversité de nos cultures.

Pour Glissant, le monde contemporain est d’autant plus prévisible qu’il s’est peu à peu créolisé, c’est-à-dire qu’il s’est enrichi d’une subtile synthèse d’apports différents.

Sa curiosité quant à la description de la civilisation humaine ne l’a pas empêché de rester ancré à "sa" Martinique dont il connaît par cœur les tourments et les espoirs.

Dès son premier roman, La Lézarde, publié en 1958, tout est dit, alors qu’il vient d’avoir 30 ans. A savoir qu’il n’existe pas de chef providentiel capable de mener seul le combat contre l’oppression et l’aliénation.

Pour lui, seul le peuple est capable de se libérer de l’aliénation qu’il subit.

Un pays connu dans le monde par ses penseurs

 

Glissant a porté les couleurs dans tous les lieux où il est passé et où il est célébré.

Il n’est pas le seul natif du pays à recevoir des éloges pour sa pertinence de penseur éclairé et son courage de militant politique.

Frantz Fanon, né en 1925, trois ans avant lui, est le théoricien reconnu de l’aliénation culturelle de l’homme noir.

Son premier ouvrage, "Peau noire, masques blancs", édité en 1952, opère la synthèse entre ses observations de psychiatre d’avant-garde et sa conviction selon laquelle seul l’homme colonisé possède le pouvoir de se libérer.

Se libérer suppose avoir une parfaite conscience de son origine.

Dans notre cas, savoir s’approprier notre négritude. Une évidence depuis Aimé Césaire, né en 1913, l’aîné de ces trois géants de la pensée du 20ème siècle.

Notre émancipation ne dépend que de nous, nous apprend-t-il. Dans "Cahier d’un retour au pays natal", écrit en 1939, il nous incite à nous dessiller les yeux afin d’avoir la force de regarder demain.

L’aliénation n’est pas une fatalité

 

Ecrivain de stature mondiale tout comme Fanon et Glissant, Césaire a su également demeurer un homme d’action.

Militant anticolonialiste courageux, tout comme Fanon et Glissant, Césaire a lancé un appel au refus de l’ordre établi. Le monde nous envie ces trois intellectuels passés à la postérité.

Depuis leur disparition, ils n’ont jamais été aussi bien étudiés, ici comme ailleurs.

Nous avons de quoi nous sentir fiers d’être du même pays que ces grands hommes.

Ne serait-ce qu’en perpétuant leur héritage, dussions-nous emprunter les périlleuses méandres de la rivière Lézarde, si chère à Edouard Glissant.