L’audace et l’écoute de retour au ministère des Outre-mer ?

éditorial
Jean-François Carenco
Jean-François Carenco, ministre délégué à l'Outre-mer. ©Outre mer la 1ère
Le nouveau ministre en charge des Outre-mer, Jean-François Carenco est l’un des novices de ce gouvernement. Ce qui ne veut pas dire qu’il est sans expérience. Il a été préfet à six reprises dont deux fois en Outre-mer, et un proche collaborateur de l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Il faudra le juger à ses actes.

Une personnalité ne fait pas une politique. C’est la première observation à émettre après la nomination de Jean-François Carenco comme ministre délégué chargé des Outre-mers auprès du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Le nouveau locataire de l’hôtel de Montmorin, siège du ministère surnommé "Medetom", doit désormais incarner la politique pour l’Outre-mer du gouvernement. Il va sans dire qu’il tarde aux quelques deux millions d’habitants de nos onze collectivités de connaître enfin les contours de cette doctrine.

Depuis cinq ans, quelques signaux sont venus de l’Elysée et de Matignon visant à rénover les relations entre l’Etat et nos territoires périphériques. Des signaux qui n’ont pas été concrétisés en actions fortes, ni en décisions majeures. Il est à espérer qu’il en sera différemment pour les cinq prochaines années.

La tâche est d’autant plus exaltante qu’elle est périlleuse. Le nouveau ministre n’a pas de passé politique, mais un parcours de haut fonctionnaire formé notamment à l’ENA (École Nationale de l'Administration). Sous-préfet en Nouvelle-Calédonie en 1990, préfet de Saint-Pierre et Miquelon en 1996 puis en Guadeloupe en 1999, il a également été en poste à Lyon et à Paris.

Diplomatie et fermeté requises

Il sait qu’il devra user de diplomatie, de fermeté et de dynamisme pour restaurer la confiance entre l’Outre-mer et l’exécutif. Le nouveau ministre est attendu sur des chantiers complexes communs à tous nos pays. Par exemple : la transition énergétique, la protection de l’environnement, l’autosuffisance alimentaire,  la vie chère, la création d’emplois, la rénovation du système de santé.

Sans oublier des sujets spécifiques à chaque territoire. Par exemple : la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie, l’intégration définitive de Mayotte, l’autonomie de la Guyane, la criminalité aux Antilles. De quoi occuper le nouveau ministre.

Lors de cérémonie de passation de pouvoirs, Jean-François Carenco a notamment déclaré : « J’ai bien entendu l’appel de Fort-de-France ». Une référence précise à la déclaration conjointe de sept exécutifs des collectivités d’outre-mer le 17 mai 2022 visant à réclamer la refonte des relations entre le centre parisien et la périphérie.

Revoir les relations entre le centre et la périphérie

Des solutions sont attendues, au moment où nos pays ont perdu de leur intérêt aux yeux de l’exécutif. Les résultats électoraux obtenus par Emmanuel Macron et ses soutiens dans nos pays, excepté dans le Pacifique, illustrent bien ce dialogue rompu.

Un signe ne trompe pas : l’Outre-mer passe de la 8e place protocolaire du gouvernement durant le quinquennat précédent au 26e rang. Depuis la présidence de Jacques Chirac, l’Outre-mer était doté d’un ministre de plein exercice. Une coutume suspendue par Nicolas Sarkozy, reprise par François Hollande et continuée par le président actuel.

Faut-il y voir une tentative de recentralisation de la gestion de nos pays par le Président, vu sa proximité avec Gérald Darmanin ? Dans un demi-sourire, celui-ci a expliqué lors de sa prise de fonction que deux ministres ne seront pas de trop pour s’occuper de l’Outre-mer. Dont acte !