L’élection du président François Mitterrand en 1981 lance une profonde recomposition du paysage politique en Martinique

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François Mitterrand en Martinique en 1985
François Mitterrand en Martinique en 1985 ©PHILIPPE BOUCHON / AFP

Quarante ans, jour pour jour, après l’élection du président socialiste François Mitterrand, le 10 mai 1981, les mutations politiques sont les plus évidentes des métamorphoses survenues ces quatre dernières décennies.  

La Martinique au bord de l’indépendance et de l’explosion. C’est ce dont beaucoup de nos compatriotes étaient persuadés le soir de l’élection du président de la gauche unie. Ils avaient été conditionnés durant deux décennies par les discours des partisans du maintien éternel de nos liens avec la France. Nous aurions été largués en cas d’accession au pouvoir des socialo-communistes, pour utiliser le vocabulaire de l’époque.

Bien au contraire, le nouveau président, le socialiste François Mitterrand, tient à rassurer les peuples des départements et territoires d’outre-mer. Son Premier ministre, Pierre Mauroy, garantit aux habitants des DOM-TOM qu’ils ne seront pas abandonnés. Dès lors, la droite conservatrice doit ranger aux archives son scénario de film catastrophe.

Surtout que trois semaines après la victoire de la gauche, le chef de file de l’opposition martiniquaise, Aimé Césaire, proclame "un moratoire politique concernant le problème du statut juridique". Le 29 mai, le président du Parti progressiste martiniquais (PPM) décide la suspension de sa revendication ancienne de l’autonomie pour la nation martiniquaise.

Le discours sur l’autonomie au second plan

 

Césaire veut donner sa chance au nouveau gouvernement pour en finir avec le système néocolonial. Sa position n’emporte pas l’unanimité chez ses camarades. Plusieurs militants du PPM rejoignent le camp des indépendantistes, encore minoritaires.

Puis, dans les mois qui suivent, le gouvernement met en chantier l’une des réformes les plus importantes de la Ve République, la décentralisation. Il s’agit de transférer aux collectivités locales une série de pouvoirs habituellement assurés par le gouvernement. Les régions sont créées pour assumer ces nouvelles responsabilités.

L’outre-mer est, bien entendu, concerné par cette dynamique de montée en puissance des institutions locales. La responsabilité partagée entre le préfet et les élus de proximité devient l’alpha et l’oméga de la vie publique, dans toute la France. Chez nous, cette mutation a pour effet de vider les formations politiques contestataires du système de leurs cadres.

Les contestataires deviennent des gestionnaires

 

Ils se transforment en administrateurs avisés des collectivités décentralisées. Le militant rebelle abandonne presque mécaniquement sa posture idéologique et son discours contestataire pour revêtir le costume de l’élu responsable. Peu à peu, l’objectif des partisans de l’autonomie et de l’indépendance de remettre en cause la nature de nos relations avec l'État central se dissout dans les eaux glacées de la comptabilité publique et des batailles électorales.

Au fil de ces quarante années, les formations politiques ayant bâti leur légitimité dans l’opposition au système se convertissent à la logique gestionnaire. Comme si l’émancipation de la nation martiniquaise suppose la consolidation de sa présence dans l’ensemble républicain français et européen. Comme si notre libération de la tutelle postcoloniale revient à forger une "dépendance consentie", selon l’expression du politologue martiniquais Fred Réno.