L’État veut-il vraiment reconstruire l’hôpital de Trinité ?

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Hôpital de Trinité
Grève au centre hospitalier de Trinité, en 2018. La sécurité demeure d'actualité pour les syndicats. ©Christine Cupit

La semaine du 7 février 2021 a vu une énième mobilisation du personnel de l’hôpital Louis-Domergue, puis une réunion des parlementaires avec des conseillers ministériels. Pourtant, la reconstruction de l’établissement n’est pas sur le point d’aboutir.

L’État veut-il vraiment reconstruire l’hôpital de La Trinité ? Depuis une vingtaine d’années que le chantier doit démarrer, rien ne vient. Depuis dix ans que 40 millions d’euros ont été débloqués à cet effet, rien ne sort de terre. Depuis plus de dix ans que la commune, par son ancien maire Louis-Joseph Manscour, a mis un terrain de 5 hectares à disposition du Centre hospitalier universitaire, rien de concret ne se passe.

Plusieurs signes montrent que les hauts fonctionnaires du ministère de la Santé, qui se substituent souvent aux ministres, traînent les pieds. Leurs calculs sont simples. Disposer d’hôpitaux en si grand nombre dans un rayon de 30 kilomètres à peine est une absurdité sur le plan budgétaire.

Les comptes sont faits : Pierre Zobda-Quitman (ou La Meynard), la Maison de femme, de la mère et de l’enfant non loin, le centre Emma Ventura à la frontière de Fort-de-France avec Schoelcher et Mangot Vulcin, au Lamentin.

Total : quatre hôpitaux dans le même secteur, auxquels il faut ajouter celui de La Trinité, ces cinq établissements composant le Centre hospitalier universitaire. À quoi bon remettre à neuf un établissement vétuste, alors que la population desservie peut facilement se rendre dans la région foyalaise ?

 

Cinq hôpitaux dans un rayon de 30 kilomètres

 

Surtout que le vieil hôpital du Lamentin a été relocalisé récemment. Dès lors, il devient inutile de disposer d’un hôpital flambant neuf aussi proches des autres. La logique des technocrates est parfaite et cohérente, sur le papier. Ils ont l’habitude de réfléchir selon des critères dont la réalité s’accommode mal.

Leur analyse ne correspond pas aux souhaits de la population concernée. Et elle est contestée par les professionnels de santé. Certains d’entre eux militent pour créer à partir de cet hôpital qui doit redevenir performant, un maillon essentiel du nouveau schéma directeur des soins. En complémentarité avec les autres établissements du CHU, l’hôpital Louis-Domergue pourrait devenir un pôle d’excellence en médecine environnementale.

Les pathologies liées directement ou indirectement à notre exposition au tabac, à l’alcool, aux drogues, aux pesticides deviennent de plus en plus prégnantes au sein de la population. Pourquoi ne pas réorienter notre système de santé en tenant compte de l’évolution de nos modes de vie ?

Les spécialistes locaux posent la question, sans réponse pour le moment. Une option qui offrirait une nouvelle vocation à cet hôpital dont on se demande si l’État veut vraiment le reconstruire.

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