La banane est-elle une culture du passé ou une production d’avenir ?

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Plantation de bananes
Plantations de bananes en Martinique. ©Falco de Pixabay
Un anniversaire vient de passer inaperçu, celui de l’occupation des aéroports du Raizet et du Lamentin par plusieurs centaines de producteurs de banane, en fin novembre 1992. Un événement qui marque une nouvelle phase de notre vie économique.
 
La production de banane va-t-elle continuer encore longtemps à dominer les exportations des Antilles françaises ?La question se pose, une trentaine d’années après la spectaculaire mobilisation des planteurs antillais. Du 22 au 26 novembre 1992, ils ont été plusieurs centaines à investir les aéroports de Guadeloupe et de Martinique en stationnant sur les pistes.

Durant quatre jours, le trafic aérien a été totalement interrompu, pour les médicaments urgents et les évacuations sanitaires aussi. Bien entendu, aucune sanction n’a été prononcée contre les auteurs de ce coup de force historique, les grands planteurs békés en tête.

Leur but ? Forcer le gouvernement français à réagir pour éviter une faillite générale de la filière, victime de ses concurrents d’Amérique centrale. Et cela, au moment où le libéralisme économique devenait l’alpha et l’oméga des dirigeants européens.

Les planteurs obtiennent un résultat tangible par la mise en place d’un mécanisme de garantie d‘écoulement de la production antillaise de banane en Europe. C’est la fameuse organisation commune de marché, l’OCM Banane. Entrée en vigueur en juillet 1993, ce dispositif a puissamment contribué à modifier les conditions de production de cette denrée tropicale.
 

Une filière condamnée à disparaître ?


En trente ans, le nombre d’exploitations a été divisé par deux, quand les surfaces plantées en banane se sont maintenues. La concentration a joué en faveur des plus solides ou plus habiles. La rémunération des producteurs a augmenté, garantie par les fonds européens. Cette filière étant considérée comme stratégique bénéficie d’un très haut niveau de subventions qui couvrent souvent le prix de revient. Ces crédits sont affectés à un programme d’orientations spécifique à l’éloignement et à l’insularité, le POSEI.

Cet argent public est capté par la filière à 80% en moyenne. Les cultures maraîchères et vivrières et l’élevage obtiennent la portion congrue, alors qu’elles font vivre ou survivre la majorité des agriculteurs. Sans compter que la banane ne nourrit absolument pas la population de son terroir. En Martinique, nous consommons 600 tonnes par an pour 200 000 tonnes exportées, moins de 0,5%.

En dépit de la protection offerte par l’OCM, les trois quarts de l’approvisionnement de l’Europe vient d’Amérique centrale contre à peine 5% pour les Antilles. Le dispositif de protection, essentiellement les droits de douane payés par les exportateurs non européens tend, avec le temps, à diminuer. Il deviendra nul en fin 2021.

C’est à se demander si cette filière va survire au-delà. D’où l’intérêt de se demander également si la production bananière va encore longtemps empêcher l’expansion d’autres secteurs de production et gênant, par conséquent, un nouveau type de développement.
 
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