La langue créole, entre menace de disparition et espoir de renaissance

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Créole
©Martinique la 1ere
Le 28 octobre est célébrée la Journée internationale de la langue créole. Un idiome parlé par environ 15 millions de personnes dans le monde.

Quand le gouvernement de la Dominique décide, en 1981, de célébrer le 28 octobre de chaque année la Journée interntionale du créole, l’initiative est reprise dans tous les pays où cet idiome est pratiqué. Dans la foulée, les Seychelles, l’Île Maurice, la Réunion, Haïti, la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique suivent.

Il s'agissait de glorifier une langue qui n’avait suscité que discrimination et domination depuis son émergence, dans les années 1640. Le créoliste Raphaël Confiant l’explique fort bien sur son site Fondas kréyol. Il estime, avec nombre de ses collègues spécialistes de l’étude de cette langue, qu’elle est en danger de mort lente.

Car chacun a compris qu’une langue est un élément fondateur et central du patrimoine culturel d’un peuple. Quand une langue meurt, ce qui arrive de temps à autre sur la planète, ce sont des rapports spécifiques au monde qui disparaissent. Il ne doit rien au hasard que la créole soit l’une des seules langues qui est célébrée de la sorte.

Des initiatives originales

 

Cette année, en amont de la journée internationale de célébration, plusieurs initiatives sont prises pour décrisper le débat sur la nécessité de sauvegarder cette langue. La Collectivité Territoriale de Martinique y participe pleinement. Elle propose des rencontres entre écrivains, conteurs et militants culturels avec des élèves ainsi que deux tables rondes avec des créolistes et des scientifiques. Le centre d’intérêt est plus large que celui de la langue, puisqu’il concerne la musique, la danse et la pharmacopée ancestrale.

La collectivité majeure a prévu aussi des animations à destination de ses 4 300 agents pour les initier à l’orthographe et à l’usage de notre langue dans leur environnement de travail. À terme, certains documents officiels de la CTM seront traduits du français au créole.

Il est certain que d’autres collectivités et organismes suivront le même cheminement. L’évidence s’imposera progressivement pour transcrire une langue dite orale afin de contribuer à sa compréhension et à sa diffusion. Donc, à sa pérennisation. Les linguistes du monde entier disent depuis longtemps que la sauvegarde d’une langue passe nécessairement par sa codification écrite et son apprentissage dès le plus jeune âge.

Des efforts herculéens ont été accomplis dans cette perspective ces quatre dernières décennies par le Centre international d’études créoles. Les dirigeants de nos institutions publiques disposent désormais d’une matière scientifique considérable pour donner un nouveau souffle à notre langue.

L’école s’y met peu à peu

 

À son tour, notre académie se met progressivement à l’enseignement de la langue et à l’initiation à la culture qui la porte. Pas moins de 22 classes bilingues sur plus de 300 ont été ouvertes à la rentrée à cet effet. Un contraste par rapport à la frilosité du ministre de tutelle en matière d’apprentissage des langues régionales. Il reste que de gros efforts sont nécessaires afin que le créole bénéficie du même statut dans nos établissements scolaires que celui du basque, du breton ou du corse.

Il faut tenir compte de ces pesanteurs sociologiques que sont les réticences des parents et les hésitations des enseignants. Sans oublier que, dans l’ensemble, nous ne sommes pas encore disposés à nous exprimer en créole toute la journée, en toutes occasions. Hormis ceux qui le pratiquent lors des moments de convivialité ou d’intimité et ceux qui sont obligés de l’utiliser dans leur métier comme les pêcheurs et les agriculteurs, les premiers producteurs de richesses, qui est prêt à franchir le pas ?

A savoir préférer l’usage du créole, quand nous maîtrisons le français aussi, en nous adressant à la préfecture, à la mairie, à la poste, à la sécurité sociale, chez nos fournisseurs d’eau, d’électricité et de téléphonie, à notre médecin, au pharmacien ? Beaucoup d’entre nous restent persuadés, comme l’écrit le poète guyanais Léon Gontran Damas, qu’il faut « parler français, le français de France, le français du Français, le français français ». Vrai ou faux ?