La Martiniquaise Catherine Jean-Joseph Sentuc milite pour la diversité au cinéma

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Catherine Jean-Joseph Sentuc
Catherine Jean-Joseph Sentuc. ©Collection privée
Qui n’a pas rêvé qu’Anthony Quinn lui offrait des chocolats ? Catherine Jean-Joseph Sentuc a eu cette chance. Après avoir travaillé avec les plus grands acteurs américains et géré les débuts de Marion Cotillard, elle se bat pour faire éclore des talents différents.

C’est l’histoire d’une femme, née en banlieue parisienne au sein une famille martiniquaise, qui est attachée à la transmission du savoir, à l’écoute de l’autre, à l’échange, à l’engagement, et dont la maxime consiste à ne jamais rien lâcher tant qu’une lumière brille au fond d’elle. Cette femme, c’est Catherine Jean-Joseph Sentuc : elle a de qui tenir !

Je suis issue d’une famille de combattants. Mon grand-père Louis Jean-Joseph est revenu gazé des tranchées de Verdun en 1918. Mon père, Daniel, engagé volontaire dans la marine, participa au débarquement de Provence en Août 1945, puis à la guerre d’Indochine. Pour ses frères Juvénil et Bernard, ce fut la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie.

Catherine Jean-Joseph Sentuc

Le père de Catherine Jean-Joseph Sentuc sort indemne de ses deux guerres. Devenu moniteur à l’AFPA (Association Formation Professionnelle Adultes), il obtient sa mutation en Martinique en 1967. La famille s’embarque à bord du paquebot ANTILLES pour une traversée mémorable.

À 4 ans, Catherine Jean-Joseph Sentuc découvre la Martinique. Elle apprend le créole, adore l’école, apprécie les enseignants, leur rigueur et leur recherche de perfection chez les élèves. D’ailleurs, un demi-siècle après, elle se souvient encore des maitresses qui ont accompagné sa scolarité.

A 6 ans, je suis en CP à Plateau Fofo, j’aime madame Sesostris. Je la trouve patiente et magnifique. À 7ans, en CE1, c’est madame Charles-Donatien qui s’armera de patience lorsque je lui tiens tête en lui affirmant que « Dèdè » est bien un prénom puisque c’est celui de mon oncle. En CE2, c’est madame Duquesnay qui avec son long bâton en bois, calmera mon ardeur à tout remettre en question.

Catherine Jean-Joseph Sentuc
Après avoir travaillé avec les plus grands acteurs, elle se bat pour faire éclore des talents différents. ©Collection privée

En 1976, la famille retourne en banlieue parisienne. À Épinay sur Seine, Catherine Jean-Joseph Sentuc se passionne pour le théâtre, voyage en Angleterre et en Allemagne, puis à son retour en France, fonce à RTL et Europe 1 pour assister à des émissions de radio et discuter avec des artistes tels que Julien Clerc, Daniel Balavoine, Al Jarreau ou Germaine Jackson. 

En 1987, elle est embauchée à France Inter comme chargée de relations avec les auditeurs puis secrétaire de rédaction. Trois ans plus tard, elle intègre une agence de cinéma et travaille avec Myriam Bru, actrice et épouse de Horst Buchholz, l’un des premiers rôles du célèbre western Les Sept Mercenaires.

Myriam m’apprend le métier d’agent. J’ai au téléphone tout le cinéma français et quelques stars hollywoodiennes et italiennes de l’époque : Marlon Brando, Fellini, Antony Perkins, Gina Lollobrigida, Kirk Douglas ou Anthony Quinn qui nous apportait des chocolats lors de ses passages à Paris. Je suis partie ensuite dans une autre agence où je me suis occupée de la carrière d’une jeune comédienne de 17ans qui sortait tout juste du conservatoire d’Orléans, Marion Cotillard.

En 1994, Catherine Jean-Joseph Sentuc change à nouveau de maison. Elle entre au Studio Canal+ comme directrice artistique en charge des doublages de films. Elle dirige les comédiens notamment pour la version française du dessin animé japonais Mon voisin Totoro. 

En 1998, c’est le grand saut. Après avoir travaillé pour les autres et s’être constituée un solide carnet d’adresses, la Martiniquaise décide de voler de ses propres ailes. Elle crée son agence artistique, WIB (We’re In Business). Elle gère les carrières entre autres de Claudia Tagbo et Princess Erika.   

Ce qui m’anime alors, c’est comment trouver le chemin qui leur permette d’éviter les barrières rencontrées par bon nombre de talents de la diversité pour accéder à des rôles. Je me sentais néanmoins impuissante et j’ai vu beaucoup de talents partir à la poubelle.

En 2003, Catherine Jean-Joseph Sentuc organise avec l’UNESCO, une importante rencontre entre les "décideurs" des chaines de télévisions et les acteurs de la diversité. En 2004, elle intègre France 2 comme conseillère de programmes à la fiction. En 2006, elle est débauchée par TF1. 
Catherine Jean-Joseph Sentuc
Après avoir travaillé pour les autres et s’être constituée un solide carnet d’adresses, la Martiniquaise Catherine Jean-Joseph Sentuc, décide de voler de ses propres ailes. ©Collection privée

En 2011, lassée de voir trop de talents partir à la poubelle, elle cofonde l’École Miroir, organisme de formation au métier d’acteur, dont l’ambition est de révéler des talents issus des quartiers populaires et des zones rurales. Elle conseille également des auteurs prometteurs comme Marguerite Abouet, à laquelle on doit la bande dessinée Aya de Yopougon.  

En 2016, alors que Catherine Jean-Joseph Sentuc siège à divers titres au CNC, à France Médias Monde et au CSA, elle est élevée au grade de  chevalier dans l’ordre national du Mérite par la ministre de Culture Audrey Azoulay. En 2020, elle reçoit les insignes de chevalier des Arts et des Lettres. Elle remporte la même année l’un des cent prix décernés par le jury de l’association Femmes de Culture.

Ça a été une grosse année pour moi. En 2020, la ministre des Outre-mer Annick Girardin m’a également confié la mission d’experte culture et audiovisuel en charge de la visibilité des talents ultramarins auprès du Délégué interministériel à l'Egalité des chances. La plateforme Netflix m’a aussi confié la mission de responsable de son programme inclusion et diversité pour les contenus France.

Aujourd’hui, Catherine Jean-Joseph Sentuc continue de s’épanouir dans le Septième art, en tant que consultante en production audiovisuelle et cinéma. Que ce soit dans les conseils d’administration où elle siège en France ou au sein de l’organisme américain The Foundation for Systemic Change, où elle a voix au chapitre, la Martiniquaise milite pour la diversité, l’égalité et l’inclusion.