La présidentielle de 1981: le vote de la peur en Martinique

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1981, le vote de la peur en Martinique ©Peggy Pinel-Féréol
À quelques jours de la 12e élection présidentielle sous la Ve République, intéressons-nous aux faits marquants de cette élection en Martinique. Le 26 avril et le 10 mai 1981, les résultats des scrutins du premier puis du second tour sont à l’opposé de ceux de la France. Valéry Giscard d’Estaing est plébiscité, mais c’est François Mitterand qui est élu.

Le 10 mai 1981, François Mitterand l’emporte avec 51,7% des suffrages exprimés. Une victoire considérée comme "historique". La Gauche n’avait jamais remporté de scrutin sous la 5e République. 

En revanche, en Martinique, c’est le président sortant Valéry Giscard d’Estaing (VGE) qui arrive en tête avec près de 81% des suffrages (80 653 voix). 

Le candidat de la Gauche n’obtient que 19% des suffrages (19 459 voix) alors qu’il était soutenu par Aimé Césaire, le président du Parti Progressiste martiniquais (PPM).

La droite locale développe l'argument du "largage"

Très puissante à cette période, la droite locale n’a pas hésité a joué sur la peur du "largage" de la France en cas de victoire de la gauche, pendant la campagne électorale.

Une peur réelle qui s’illustre dans les urnes. Lors des deux tours, VGE arrive en tête dans toutes les communes de Martinique.

Un résultat vécu comme une véritable défaite pour Aimé Césaire. Le 29 mai, il  prononce un discours dans lequel il décrète, au nom du PPM, un "moratoire" sur la question du statut de la Martinique.

Camarades, vous savez ce qu’est un moratoire ? C’est un arrêt provisoire, c’est une suspension. Je n’ai pas dit suppression, j’ai dit une suspension…Je proclame ce soir et jusqu’à nouvel ordre, je proclame solennellement un moratoire politique, concernant le problème du statut juridique.

Discours d’Aimé Césaire

Davantage de pouvoir pour les élus locaux 

Dès le début du mandat de François Mitterand, le président travaille sur la décentralisation. Entre 1982 et 1986, plus de 25 lois transfèrent des compétences et des moyens aux collectivités d’Outre-mer. Ainsi, l’État abandonne, pour la première fois, une partie de ses pouvoirs à des assemblées locales élues au suffrage universel.

Dès lors, amis martiniquais, que vous disposez d’institutions locales et régionales qui vous permettent de conduire la politique économique et sociale de votre choix, vous devez bien sentir à quel point votre destin est lié à celui de la République toute entière.

Discours François Mitterand en Martinique en 1985

La crainte et la peur écartées, en 1988, les Martiniquais votent massivement pour François Mitterand (70,89%). Ils contribuent à la réélection du président socialiste pour un deuxième septennat.

Concernant le moratoire, lors de la "Déclaration de Rivière Blanche" du 10 décembre 2017, le PPM et Serge Letchimy, son président, y mettent fin et prônent à nouveau l’autonomie pour la Martinique.