Le loto du patrimoine séduit par le projet de rénovation de la Villa Didier à Fort-de-France

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Villa "Didier"
La villa "Didier" à Fort-de-France. ©Fondation du Patrimoine-My Photo Agency/Daniel Brieu

Le loto du patrimoine fait des heureux en Martinique : le projet des propriétaires de la Villa Didier à Fort-de-France, a été retenu avec 17 autres projets présentés par toutes les régions de France. Un soutien financier qui vient en appui d'un auto-financement important des propriétaires.

Au 17 rue Martin Luther King à Fort-de-France, la Villa Didier a eu son heure de gloire. Et de beauté.

Grâce à la mission patrimoine confiée à Stéphane Bern, la Villa Didier va pouvoir retrouver son faste d'antan dans un peu plus d'un an. Le sérieux du projet présenté par leurs propriétaires a retenu toute l'attention de Stéphane Bern et de son équipe de bénévoles. 

La noblesse du béton

 

La Villa Didier doit sa réputation à sa construction originale qui a fait d'elle le symbole emblématique de l’architecture moderniste en Martinique (1927-1968).

Une période d’invention d’un usage noble et poétique du béton armé, qui a marqué une rupture dans le paysage architectural existant.

Construite en 1935 par Louis Caillat, l’un des principaux architectes de ce courant sur l’île, pour l’industriel Marcel Didier, la villa Didier en est l’un des bâtiments les plus intéressants.

Caillat réalise pour cette grande maison familiale une composition symétrique autour d’une entrée, mise en scène par un escalier monumental et un porche à auvent audacieux, surmontée d’une rotonde à l’étage.

Les fenêtres en plein-centre de la façade sur rue sont ornées de clés en forme de consoles Art-déco tandis que la ferronnerie de la porte est décorée de motifs géométriques reprenant les lignes droites et courbes adoptées pour l’ensemble de l’édifice.

 

Villa "Didier"
Villa Didier à Fort-de-France. ©Martinique la 1ère

 

La gloire et la beauté s'effacent au fil du temps 

 

Au fil du temps qui passe, la Villa Didier a perdu de sa superbe et les assauts du temps et du climat ont eu raison de sa beauté. 

L’absence d’étanchéité est la cause principale de sa forte dégradation, avec un réseau d’évacuation des eaux pluviales dégradé entrainant une stagnation préjudiciable de l’eau en divers points du bâtiment (dalles des toits-terrasses et des terrasses extérieures devenues poreuses, pied du bâtiment...) et une disparition totale par endroits de la peinture des façades.

Combiné à une importante pluviométrie tropicale, cela a conduit à la corrosion des aciers et à l’éclatement des bétons. Des chutes de béton en ont résulté, rendant l’habitat dangereux pour les occupants.

Termites, menuiseries abîmées, réseau d'eau défectueux

 

Les désordres touchent également les menuiseries qui ont souffert de la pluie autant que des termites. Les réseaux électrique, d’eau et d’assainissement défectueux, vétustes et hors normes sont à reprendre en intégralité. Les sols intérieurs en carreaux de ciment ou granito, descellés ou cassés par endroits sont à restaurer. 

Mais cela ne décourage pas les nouveaux propriétaires. Un couple de martiniquais qui en fait l'acquisition en 2017.

Composée de cinq unités de vie indépendantes, la partie centrale est devenue leur résidence principale. 

Une maison d'hôte et d'accueil d'artistes

 

Le projet présente une rénovation de quatre autres appartements destinés à une maison d’hôtes ou un gîte, mais aussi, de manière privilégiée, à l’accueil d’artistes en résidence sur l’île.

Ils mettront à disposition de leurs hôtes une documentation sur l’architecture moderniste en Martinique grâce au recensement de l’ensemble du patrimoine bâti existant ou disparu de ce courant architectural réalisé par l’Association pour la défense et la promotion de l’Architecture moderniste en Martinique. Un projet qui a séduit la mission de Stéphane Bern.

 

 


 

Une rénovation chiffrée à 682 000 €

 

La rénovation est chiffrée à 682 000 €. L'autofinancement est d'un montant de 350 000 €, la subvention sollicitée à la DAC (direction des affaires culturelles) est de 80 000 €.

Les travaux doivent démarrer en 2021 et la liste est longue : 


-Reprise des bétons et aciers endommagés (extérieur/intérieur)
-Étanchéité des toits et toits-terrasses
-Restauration des menuiseries et d’une partie des serrureries
-Reprise des dalles, sols et escaliers extérieurs et sols intérieurs
-Reprise du système d’évacuation des eaux pluviales
-Mise aux normes des réseaux (électricité, eau, assainissement)
-Destruction des rajouts postérieurs à la construction initiale
-Aménagement des espaces extérieurs et restauration des jardinières, murets en pierre et four à pain
-Renforcement du mur de soutènement en pierre

Ces travaux devraient être terminés fin 2022.


 
 

 

Stéphane Bern au chevet du patrimoine français

La Mission patrimoine (aussi appelée Mission Bern) a été confiée par le Président de la République à l'animateur Stéphane Bern en septembre 2017 pour recenser le patrimoine en péril et trouver des idées pour financer la restauration des sites.

Parmi les idées, il a suggéré de créer comme en Angleterre un loto Patrimoine (le loto a d’ailleurs été introduit en France à l’époque par François 1er pour financer la construction de Monuments) dont la part de l’État reviendrait intégralement au Patrimoine (le reste sert à donner le gain aux gagnants et payer les buralistes et équipes de la FDJ).

Les taxes obligatoires sur les jeux sont aujourd’hui compensées intégralement et reversées au patrimoine.


Afin de mener à bien sa mission il a choisi comme cheville ouvrière la Fondation du Patrimoine qui œuvre à la sauvegarde et la valorisation du patrimoine (surtout de proximité et non classé et qui n’a donc pas d’aide de l’État) et étudie grâce à ses bénévoles présents partout en France les dossiers et les fait remonter en collaboration avec les DRAC et le Ministère de la Culture.


*Les propriétaires des monuments (particuliers, collectivités, associations) déposent un dossier sur le site missionbern ou pour beaucoup envoient directement des mails d’alerte à Stéphane et ensuite nous étudions l’urgence du péril, l’attractivité économique du monument pour le territoire et le projet de valorisation (le monument devra pouvoir être ouvert au public), expliquent les organisateurs.


- Un comité de sélection présidé par le Président de la République a sélectionné 18 sites en 2021.


- Les 18 emblématiques sont les premiers sites à être dévoilés et seront représentés sur les tickets de grattage Mission Patrimoine de la FDJ. Nous annoncerons en septembre une centaine d’autres sites, dits de maillage (1 par département et collectivité d’outre-mer) qui recevront aussi une aide financière de la mission (étude des dossiers toujours en cours).


- A ce jour : près de 4000 sites identifiés. La mission a aidé 527 sites et plus de 250 autres sont d’ores et déjà sauvés.