Le Matoutou rassemble les familles martiniquaises

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Crabes en matoutou ou matété
Matoutou ou matété à servir ©RS

La confection et la dégustation d’un bon Matoutou ce lundi de Pâques (5  avril 2021), est une tradition bien martiniquaise, davantage encore en ces temps de crise sanitaire. Malgré les restrictions, nombreux sont ceux qui ont partagé ce plat traditionnel.

Traditionnellement, le repas du lundi de Pâques est constitué de Matoutou de crabes. Ce 5 avril 2021 n’échappe pas à la règle.

La préparation débute tôt le matin dans une famille de Rivière-Pilote. Depuis des années, le rituel ne change pas. En commençant d'abord par "l'exécution"des crabes. 

Une préparation collégiale

 

Aujourd’hui c’est Gérard qui est à la manœuvre. Et cette année Il est assisté de deux de ses petits-enfants. L’eau coule déjà sur les crabes qui bougent encore un peu. Une fois cette étape terminée, le nettoyage débute. Une étape fondamentale dans la préparation. Les condiments (zépis-la) le secret d’un bon Matoutou. Les crabes sont tour à tour coupés et jetés dans un grand faitout.

La mixture commence déjà à frémir. En même temps, Gérard en profite pour révéler son savoir-faire. Les crabes sont ensuite incorporés, puis le tout est savamment remué jusqu’à ce que l’on obtienne la couleur jaunâtre tant désirée des connaisseurs.

De l’eau en quantité viendra compléter la préparation avant de la laisser mijoter. Les bonnes odeurs commencent à monter et embaument la cuisine. La touche finale, c'est l’ajout de la graisse du crabe avec le soin de mains expertes.

Tous les sens en éveil

 

Dans une autre famille composée de deux jeunes enfants, les parents ainsi que deux grands-parents revenus en Martinique pour garder les jeunes pendant les vacances scolaires, on s'apprête à passer à table à Fort-de-France.

Pas besoin d’entrée, le Matoutou est posé directement sur la table. Les convives commencent par se nourrir des odeurs. Chacun y va de son commentaire, tous se régalent déjà sauf René qui n'aime pas les crustacés.

La matriarche commence alors à servir tout le monde, même celui qui n’aime pas. "René goutte, cette fois tu vas sûrement aimer. Il ne faut pas mourir bête" lui dit sa femme.

À contrecœur il s’exécute. Mais le résultat est sans appel, comme les années précédentes il n’apprécie pas.

Le silence avant les compliments

 

Les cinq autres personnes à table attaquent la dégustation. Seuls les bruits de succions des crabes se font entendre. Une fois l’assiette bien entamée, les convives félicitent le chef. C’est une pluie de compliment, même si certains le trouvent ce Matoutou trop épicé.

La suite du repas se déroule dans une bonne ambiance de circonstance. Les participants rigolent et évitent d'aborder le sujet Covid, "ça plombe l’ambiance".

Mais le sujet est tenace, d’autant plus quand la mère du cuisinier d’un jour appelle en par visionconférence. Elle ne peut pas être de la partie car elle a été testée positive.

Le repas se termine assez tard. Même à la fin, au moment de partir les compliments sur le plat traditionnel du jour pleuvent. Tous, sont déjà pressés d’être à l’année prochaine pour déguster un nouveau Matoutou.