Le quartier Ressource au Lamentin, un symbole de la misère des ouvriers agricoles

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Quartier Ressource au Lamentin, un quartier abandonné
Entrée du quartier Ressource. Accès uniquement à pied ©Sophie Lonété
Comme caché derrière Place d'Armes au Lamentin, le quartier Ressource regroupe une vingtaine de familles d'ouvriers agricoles. Leurs conditions de vie exécrables se conjuguent avec les pathologies qui ont décimé tous les anciens. Lumière sur un quartier où le temps semble s'être arrêté.
Pour accéder au quartier Ressource en voiture, une seule route. Mais celle-ci fait le tour de quasiment tout le centre du Lamentin, par Pont Vert, sur l'habitation gaigneron.
L'autre accès est uniquement praticable par les piétons ! Un pont sépare ce quartier du reste du Lamentin. 
Entrée quartier Ressource
Un accès uniquement pour les piétons via le lotissement Place d'Armes. ©Sophie Lonété
Traverser ce pont c'est comme entammer un voyage temporel.
Car derrière ce paysage bucolique se cache un quartier entier où le temps est comme suspendu. Ici personne n'est raccordé aux réseaux d'eau potable et d'électricité. 
Habitants quartier Ressource
Danielle va chercher de l'eau tous les jours aux robinets mis à la disposition des habitants du quartier Ressource. ©Sophie Lonété
Quartier Ressource pas d'eau courante
Danielle rempli son seau d'eau. Une tâche quotidienne pour cette mère de famille qui n'a ni électricité, ni eau courante ©Sophie Lonété
Danielle Belleville-Delaunay, mère de 4 enfants, est née dans ce quartier. Aujourd'hui, elle ne se plaint pas de devoir aller remplir ses bidons d'eau à l'un des 3 robinets communs, mis en place par la mairie.
 

Avant, on devait aller jusqu'à la Sécurité Sociale à Place d'Armes. C'était beaucoup plus loin et l'alimentation était coupée une bonne partie de la journée.

Danielle Belleville-Delaunay

Quartier Ressource
Station d'épuration du quartier Ressource octobre 2020. ©Sophie Lonété
Coincés entre les champs de cannes et une station d'épuration, ces fils, filles, petits-fils, petites-filles d'ouvriers agricoles, vivent dans des conditions alarmantes. Alors la débrouillardise est tout ce qu'il leur reste. En attestent ces tuyaux qui courent le long des voiries mis en place par les habitants eux-mêmes.
Le quartier Ressource
La "débrouillardise" au quartier Ressource. Certains ont fabriqué des raccordements de fortunes afin d'acheminer l'eau commune jusqu'à chez eux. ©Sophie Lonété

La détresse de Georges et Danielle


Tous les deux sont nés ici, au quartier Ressource. Ils ont travaillé dans la canne et un peu dans la banane. Leurs parents étaient eux aussi ouvriers agricoles dans les mêmes cultures. Ils sont "partis" malades. Pour Danielle Belleville-Delaunay, aucun doute, les produits phytosanitaires qu'ils ont dû manipuler, sont responsables.
Aujourd'hui Danielle et Georges vivent dans une maison dont le toit est une passoire. Ils doivent se débrouiller avec deux groupes électrogènes.

Georges Noémi ne cache pas son désarroi. Lui qui a vu partir tous les anciens, frappés de maladies, refuse que ses quatre enfants travaillent dans la banane ou la canne. 

Et ce ne sont pas les anciens ouvriers agricoles qui lui donneront tord.
 

Félix, l'ancien travailleur de la canne se débat


Félix Paramon a travaillé dans la canne. Il est arrivé à Ressource il y a 52 ans. Il avait alors 12 ans. 7 membres de sa famille, qui vivaient tous dans ce même quartier, sont décédés d'un cancer.
Aujourd'hui, sa maigre retraite ne lui permet pas de vivre décemment. Alors il répare des groupes électrogènes si indispensables dans le quartier.
Réparateur
Félix Paramon, habitant du quartier Ressource. Retraité, aujourd'hui réparateur de groupes électrogènes. ©Sophie Lonété
Félix Paramon, habitant
Conditions de vie très précaires au quartier Ressource au Lamentin octobre 2020. ©Sophie Lonété

Une situation vécue comme une injustice


La situation des habitants du quartier Ressource au Lamentin est un peu celle "du chien qui se mord la queue". Ils n'ont pas de titre de propriété car ils résident officiellement sur les terres du propriétaire Jean-Michel Hayot.

Les bouts de terrains qu'ils occupent, leurs aïeux les ont occupés il y a bien longtemps car le "patron" avait besoin qu'ils soient au plus prêt pour travailler un maximum.

Aujourd'hui on leur en demanderait 5 euros le mètre carré. Pour des retraités gagnant moins de 400 euros par mois, c'est impossible.

Le maire du Lamentin a promis de prendre le dossier à bras le corps. 
 
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