Législatives 2022 : une bataille pour le leadership politique en Martinique

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élections législatives ©Martinique la 1ère -JCS et AFP - LOIC VENANCE
Les quatre circonscriptions de Martinique, comme toutes les autres, contribueront à dessiner le nouveau paysage politique ébauché depuis la réélection du président Emmanuel Macron. Cependant, un enjeu tout aussi important pour nos leaders consistera à renforcer leur ancrage local.

Si l’esprit des institutions est respecté, le président réélu devra disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale pour mettre en œuvre son programme. L’enjeu majeur des élections législatives consiste à confirmer l’élan ayant porté au pouvoir le chef de l’Etat. En revanche, si cette dynamique est infirmée, une nouvelle cohabitation est à envisager.

Les citoyens de Martinique contribueront à la future donne politique, quelle qu’elle soit. Il reste à savoir si les deux candidats investis par Ensemble, la coalition représentant la majorité présidentielle, pourront capitaliser le succès de son chef de file. Lequel est sorti en troisième position avec 16% des voix au premier tour.

Il sera également intéressant d’évaluer le poids réel de ses opposants les mieux implantés. Deux coalitions se disputent le leadership politique : Alians Matinik, autour du Parti progressiste martiniquais (PPM) de Serge Letchimy, et Gran Sanblé pou Matinik, autour du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) d’Alfred Marie-Jeanne. Elles présentent chacune quatre candidats.

Contenir l’expansion du concurrent

Il s’agira pour elles de confirmer leur ancrage territorial, en dépit de leur absence de la campagne présidentielle. Une abstention volontaire qui ne semble pas en mesure de les gêner. L’objectif commun de chacune est de contenir l’expansion du concurrent.

 

Alians Matinik dirige la Collectivité Territoriale de Martinique, mais dispose d’une courte majorité d’un siège à l’assemblée après avoir obtenu 38% des voix contre 37% à son adversaire du Gran Sanblé. Ce regroupement compte un nombre moins important d’élus municipaux et plus aucun parlementaire, contrairement aux alliés du PPM.

 

D’où la question subséquente de savoir comment se dessinera la recomposition de notre paysage politique. A qui cette dynamique profitera le plus : aux coalitions de l’Alians, au Gran sanblé ou à leurs concurrents directs ? La Martinique Ensemble de Catherine Conconne et Péyi’a du tandem formé par Marcellin Nadeau et Jean-Philippe Nilor ne cachent pas leur ambition de parvenir aux affaires dans les prochains temps. Et quels résultats vont réaliser les partisans de Jean-Luc Mélenchon et de Martine Le Pen ? Ne vont-ils pas troubler le jeu entre des élus connus de longue date ?

Des surprises peuvent survenir

Les nouveaux contours de l’échiquier politique peuvent réserver des surprises. Un signe de l’urgence à le réformer est le nombre inhabituel de candidats sans étiquette : 13 cette année, contre 9 en 2017. Idem pour les candidatures isolées, provenant de formations n’ayant investi qu’un unique candidat. Ils et elles se comptent 7 dans ce cas contre 2 en 2017. Nous comptons ainsi 20 candidatures esseulées en 2022, pour 11 il y a cinq ans.

Ce qui illustre l’éclatement du spectre politique. Il n’est plus accaparé par deux ou trois tendances. La fragmentation constatée aujourd’hui confirme une tendance ancienne, remarquée au moins depuis les élections régionales de 2010. Les élections ayant suivi depuis ont permis à des personnalités sans affiliation politique d’émerger, aussi bien aux municipales qu’aux territoriales.

En revanche, c’est bien la première fois que nous disposons de cette extrême diversité des profils des candidats à ces législatives. Hormis le nombre de postulants sans investiture, 40 d’entre eux sur 55 ne détiennent aucun mandat électif. Du jamais vu pour un rendez-vous politique de la plus haute importance.

Ce qui marque un paradoxe. D’une part, l’incapacité pour les formations politiques traditionnelles à recruter des militants et des personnes éligibles. D’autre part, l’impérieuse nécessité de changer de personnel, d’idées, de pratiques et de discours. Un sacré défi à relever !