Les leçons politiques éclairantes de l’éruption de la Pelée

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Saint-Pierre au lendemain de la catastrophe du 8 mai 1902 (image d'archives de la ville). ©Capture Facebook Ville de Saint-Pierre / image d'archives / DR
Le 8 mai 1902, Saint-Pierre et Prêcheur sont détruites par l’éruption volcanique de la Montagne Pelée. Le 120e anniversaire de la catastrophe est l’occasion de revenir sur la gestion cahotique de la crise consécutive à cet événement qui a durablement marqué l’histoire de la Martinique.

Le Jeudi de l’Ascension de 1902 tombe le 8 mai. Un jour sombre pour les villes de Saint-Pierre et du Prêcheur. Elles sont rayées de la carte par l’éruption cataclysmique du volcan de la Pelée. En moins de trois minutes, toute vie humaine cesse dans ces deux localités, parmi les plus anciennes de Martinique.

Près de 30 000 personnes sont tuées. Elles sont brûlées vives par la nuée ardente s’échappant du flanc sud-ouest du volcan. L’onde de choc provoquée par le fracas de l’explosion balaie tout sur son passage.

D’innombrables incendies durent plusieurs jours. Les secours sont inutiles. Il n’y a aucun survivant, sauf deux miraculés. Le maire de Fort-de-France, Victor Sévère et ses collègues de Schoelcher, Gros-Morne, Sainte-Marie, Rivière-Pilote et Trois-Ilets notamment, organisent la solidarité envers les sinistrés.

Le cinquième de la population périt

Plus de 20 000 habitants de la zone qui ont pu s’échapper avant le 8 mai sont accueillis dans un vaste camp de toile sur la place de la Savane. Au fur et à mesure, ils sont installés dans des conditions moins rudimentaires.

La solidarité de la population ne faiblit pas. Elle héberge les sans abri, elle nourrit les sans travail, elle accompagne les sans familles. Les maires et les conseillers généraux ne sont pas en reste. L’objectif est de permettre aux sinistrés de revenir au plus vite dans leurs foyers, en toute sécurité. En attendant, il convient de les aider à surmonter le choc de leur délogement forcé, ou la perte brutale de leurs proches.

Après quelques semaines marquées par l’impréparation, l’improvisation et la panique, somme toute compréhensibles, l’Etat reprend la main. Et très mal. Le gouverneur par intérim Georges Lhuerre remplace au pied levé le gouverneur en titre, Louis Mouttet, disparu lors de la catastrophe. Il est totalement perdu, entre l’activisme des élus et les consignes contradictoires de son ministre de tutelle, Albert Decrais, incapable de prendre la mesure de la catastrophe.

Le ministre des colonies reste passif

L’historien Léo Ursulet, dans son remarquable ouvrage sur les conséquences du cataclysme, constate "l’incurie criminelle" du gouvernement, surtout après la seconde grande éruption du 30 août qui tue plus de 1 000 personnes au Morne-Rouge notamment. L’historien évoque "la passivité ministérielle face à la situation dramatique de la Martinique".

Puis, Gaston Doumergue remplace Albert Decrais après les élections législatives de mai 1902. Il est interpellé à plusieurs reprises par le sénateur Amédée Knight. Le président du Conseil général dénonce l’incohérence des décisions de l’administration sur place. Un nouveau gouverneur est nommé, Philema Lemaire. Il dessaisit la commission locale de secours aux sinistrés, animée par les élus. Il confie à l’armée le soin d’encadrer les sinistrés. 

La mission des militaires s’avère compliquée, dans un pays qu’ils ne connaissent pas, communiquant mal avec les réfugiés, dans une situation totalement inédite. La population proteste contre les manières jugées brutales des soldats et de leurs chefs. Ecartés alors qu’ils ont tenté d’affronter une situation inédite, les élus locaux sont remontés contre les représentants de l’Etat.

Un gouverneur incompétent

Le nouveau gouverneur ne cesse de montrer sa dureté face à la population. Par exemple, le 26 août, une délégation d’habitants du Carbet et du Morne-Rouge lui demande l’autorisation d’évacuation. Une nouvelle éruption menace. Le gouverneur les éconduit. Plusieurs d’entre eux périssent quatre jours plus tard lors de la seconde explosion.

Le gouvernement est dépassé par l’ampleur de l’événement. A sa décharge, la catastrophe est la plus importante jamais connue en France, bien qu’elle ne soit pas la plus importante connue à ce jour, selon Léo Ursulet.

Le gouvernement est dépassé

Néanmoins, écrit-il dans Histoire sociale de la catastrophe de 1902 en Martinique. Eruption de la Montagne Pelée (Editions Orphie, 2019) : "Cette hécatombe humaine (…) se singularisait toutefois par la soudaineté et la violence du phénomène en cause : en moins de trois minutes, c’en fut fini d’une population de 29 000 âmes. Jamais de mémoire d’homme pareil phénomène n’avait été observé".

A la charge du gouvernement, ce mélange d’incompréhension des mœurs des habitants des colonies, cette arrogance des puissants et surtout, cette absence d’humanité.

Un comportement qui provoque pour de longues années l’hostilité de la population envers les autorités. Une population durement affectée par une crise subite aux conséquences dramatiques incalculables.