Les soldats mutins du camp de Balata ont contribué à la chute du nazisme

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Camp Balata
Camp Balata à Fort-de-France ©Raymond Lahoul
Deux ans avant la fin de la Seconde guerre mondiale, le haut représentant du gouvernement de Vichy aux Antilles est contraint de démissionner par la population hostile à son encontre. Les soldats en garnison à Balata y ont contribué.

La mutinerie des soldats de la garnison de Balata restera l’un des signes les plus évidents de la résistance de la population martiniquaise au régime de Vichy. Son représentant, l’amiral Georges Robert, démissionnera à l’issue de plusieurs manifestations d’hostilité à son encontre. Des protestations menées ou suscitées par le Comité de libération nationale animé, entre autres, par le maire de Fort-de-France Victor Sévère.

La révolte des militaires affectés au camp situé sur la route entre Fort-de-France et Morne-Rouge le 29 juin 1943 est l’un des éléments déclencheurs du rejet du nazisme en Martinique. Les soldats en garnison approuvent et appliquent l’ordre de leur chef, le Commandant Henri Tourtet. Il leur enjoint de se joindre aux combattants volontaires, les "dissidents".

La population se soulève contre le nazisme

 

Il s’agit d’exprimer leur refus de servir le gouvernement de Pétain. Un geste punissable, en temps de guerre, de condamnation à mort. Les 220 soldats, dont 22 recrutés en Afrique du nord et en Afrique de l’ouest, font corps avec les résistants. L’occasion leur en est donnée lors de la commémoration de l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle. Un appel retransmis depuis Londres sur les ondes de la BBC enjoignant chacun à la rébellion face à l’occupation de la France par les armées d’Hitler.

Les mutins effectuent la jonction avec la population de Fort-de-France. Elle se soulève ouvertement contre les exactions des soldats et des fonctionnaires commandés par l’Amiral Robert. À Saint-Pierre, même scénario. Là également, un seul mot d’ordre : rallier les Forces françaises libres.

L’amiral Robert est chassé deux ans avant l'armistice

 

Jusqu’au 14 juillet 1943, plusieurs dirigeants politiques encadrent les résistants, même après le départ de Robert, le 30 juin. Sous protection américaine, il embarque pour Porto Rico, est redirigé  vers Lisbonne, avant son rapatriement à Paris.

La mutinerie des soldats du camp de Balata se traduit par la fondation du Bataillon de marche antillais n°5, le BA 5. Après avoir participé au débarquement en Provence en 1944, l’unité est engagée dans les violents combats de la poche de Royan, non loin de La Rochelle. Lors d’un assaut, le commandant Tourtet est tué.

L’épisode de la mutinerie du camp de Balata est presque tombé dans l’oubli. Plusieurs événements fondateurs ont pu partiellement occulter de la mémoire collective cet événement. Mentionnons, entre autres séquences, la transformation de la colonie en département, en mars 1946. Il n’empêche, le sacrifice des soldats étrangers et martiniquais de Balata n’a pas été vain. Ils ont contribué à libérer la France et le monde de la barbarie nazie.