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Les Martiniquais se sentent-ils réellement concernés par le scandale du chlordécone ?

chlordécone
Destruction de stocks
Destruction de stocks de chlordécone dans l'usine hopwell en 1970. ©Col Pri
Pourquoi la mobilisation contre le scandale du chlordécone est-elle si faible ? Le siècle en face s’interroge sur la réaction des Martiniquais face aux révélations qui se multiplient. L’émission s’appuie sur un documentaire tourné aux États-Unis, en Europe et aux Antilles.

 
C’est ce qu'on appelle un mot épicène, c'est-à-dire un mot qui peut à la fois être employé au féminin et au masculin. Le ou la chlordécone est devenu aujourd'hui le grand sujet de conversation en Martinique. L'usage de ce pesticide de 1972 à 1993 suscite, au-delà des polémiques, une peur collective.

Suis-je contaminé ? Suis-je condamné ? Vais-je mourir d'un cancer ? Autant de questions angoissantes que se posent beaucoup de gens. Des questions auxquelles s'ajoutent l'inquiétude de savoir s’ils peuvent encore boire l'eau du robinet, consommer telle viande, tel légume, tel poisson.

Autant que ces questions de santé, se pose aussi celle de la responsabilité claire et précise des acteurs de cet empoisonnement. Ce mardi soir (12 novembre 2019), sur Martinique la 1ère, l’émission Le siècle en face diffuse un documentaire exceptionnel qui remonte à la source du scandale du chlordécone, en racontant, étape par étape, comment le pire est arrivé.
 

Les ouvriers américains indemnisés


Le documentaire, "Pour quelques bananes de plus, le scandale du chlordécone", nous emmène d’abord à Hopewell aux États-Unis. C’est dans cette ville industrielle de la Virginie, que se trouvait l’une des unités de fabrication du chlordécone, la compagnie Life Science, sous-traitant du géant américain Allied chemical.
Usine en Virginie
L'un des sites où était fabriqué le chlordécone dans la ville de Hopewell en Virginie. ©Col Pri
Aujourd’hui à la retraite, un ancien ouvrier témoigne. Tom Fitzgerald avait 20 ans quand il travaillait dans "l’usine à farine", comme il l’appelle encore. "A l’exception des responsables, les ouvriers avaient les mains qui tremblaient. La chose la plus frappante c’était la pâleur de ma peau. J’avais de grands cernes noirs sous les yeux. Les gens me regardaient comme si j’étais un drogué. Le médecin m’a dit un jour un truc un peu choquant au détour d’une conversation : Tom, attendez-vous à être criblé de cancer à 40 ans !", explique le vieil homme.

Victime de problèmes de foie, Tom Fitzgerald est resté stérile pendant trois ans. Avec ses collègues, eux aussi gravement intoxiqués, il a réclamé un dédommagement à son employeur. "Nous avons reçu un beau chèque", explique-t-il avec un sourire pincé.
Anciens ouvriers
Tom Fitzgerald et Franck Arrigo, deux anciens ouvriers de l'usine. ©Col Pri

Les Antilles empoisonnées


On connaît la suite. Dès 1976, le chlordécone est interdit sur le sol américain, mais expédié et utilisé en Europe, en Afrique, et aux Antilles, où les établissements Vincent de Lagarrigue assurent l’importation puis la fabrication eux-mêmes au Brésil.

En 1990, le pesticide est finalement interdit en France. Mais le lobby des planteurs, conduit par Yves Hayot, à la fois importateur du chlordécone et président du groupement des producteurs de bananes de Martinique, obtient une dérogation pour les Antilles jusqu’en 1993.

Aujourd’hui, les responsabilités sont établies et le scandale du chlordécone fait de plus en plus réagir en Martinique et en Guadeloupe. Pour autant, la mobilisation reste faible sur le terrain, alors qu’il s’agit d’un grave problème de santé publique.

Concernant le scandale du chlordécone, on peut passer très rapidement de la discussion et des débats en ligne à des appels à la mobilisation. 
(Olivier Pulvar, universitaire)

 

Pour l’universitaire Olivier Pulvar, invité de l’émission Le siècle en face, il ne faut pas s’en tenir uniquement aux formes traditionnelles de contestation, mais prendre en compte également les réseaux sociaux.

"Depuis quelques années nous observons au niveau mondial que peu de mobilisations font l’économie de l’activisme au niveau des réseaux sociaux. Ça ne veut pas dire que les réseaux sociaux font la révolution mais peu de mobilisations font l’économie de la dynamique de débats qu’on y trouve. Concernant le scandale du chlordécone, on est au début de quelque chose et on peut passer très rapidement de la discussion et des débats en ligne à des appels à la mobilisation", explique l’enseignant chercheur.
 

La parodie de Bobi fait mouche


Il n’en reste pas moins que, pendant des années, la population martiniquaise s'est désintéressée des questions environnementales, préférant le plus souvent, dans ce domaine comme tant d’autres, faire confiance aveuglément.

Si les réseaux sociaux bouillonnent en ce moment d'indignations, d'accusations et de suspicions, c’est parce que des voix s'élèvent de plus en plus, des leaders d’opinion montent au créneau et interpellent, de mille et une façons.

C’est le cas de l’humoriste Bobi, auteur d’une parodie sur le chlordécone qui fait le buzz en ce moment.
Bobi est interrogé également dans l’émission Le siècle en face...
Le siècle en face
Cette soirée spéciale sur Martinique la 1ère, est consacrée à l’attitude des Martiniquais face au scandale du chlordécone. Ce nouveau rendez-vous d’information, baptisé Le siècle en face, s’articule, chaque mois, autour de documentaires et d’entretiens. 

 
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