Pesticides: la contre-attaque des ouvriers agricoles

santé
Chloredécone
©Pixabay-MartiniqueLa1ere
Depuis septembre 2020, "le Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides" est sur le terrain. Son constat est sans appel. "90% des personnes rencontrées sont malades à cause des poisons qu'ils devaient épandre". Une nouvelle réunion est prévue le 11 octobre 2020 au François.
Ils sont ouvriers agricoles en fonction ou à la retraite, parents d'ouvriers agricoles, ou encore militants. "Le collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides" ne cherche pourtant aucun adhérent. 

Le plus de monde possible doit pouvoir participer.

Yvon Sérenus, membre du collectif.


Ici pas de président, juste un bureau. Pas d'adhésion non plus mais la liberté de soutenir le collectif financièrement en fonction de ses moyens.

Comme un leitmotiv, les membres du collectif veulent "gagner la confiance des ouvriers de la banane, de la canne ou encore de l'ananas". C'est cette confiance, gagnée à force de réunions, de visites à domicile, de questions, qui va leur permettre d'aller au bout de la mission qu'ils se donnent : rétablir la vérité concernant l'utilisation de produits phytosanitaires dans les cultures de Martinique et obtenir enfin une réparation pour ces ouvriers agricoles qui touchent souvent moins de 500 euros de retraite mensuelle.


Une enquête déjà très révélatrice


Les langues se délient petit à petit dans l'univers agricole de Martinique. Mais le travail est fastidieux.
Les conditions dans lesquelles les ouvriers agricoles auraient répandu les pesticides et autres engrais sur les bananes, les cannes à sucre ou encore les ananas sont inquiétantes. 

Sur la centaine d'ouvriers déjà interrogés, tous livrent le même récit. Un chantage abominable.

Sur les habitations de bananes, les travailleurs n'avaient pas le choix. C'était épandre le "poison", comme ils l'appellent, ou ne pas travailler et donc ne pas pouvoir nourrir sa famille. Refuser un jour d'épandage de Curlone  (chloredécone), comme ils le faisaient régulièrement, pouvait donc coûter à l'ouvrier agricole récalcitrant, jusqu'à 2 semaines de mise à pied. 

Et pourtant, ils culpabilisent. Comme s'ils en avaient honte, rares sont les ouvriers agricoles qui acceptent de témoigner. Mais aujourd'hui les choses semblent changer.

L'enquête du collectif est en bonne voie. D'ici sa parution, le travail de rédaction d'une plateforme de revendications d'urgence se poursuit.


Un "mémorandum" pour des revendications d'urgence


Le collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides est on ne peut plus motivé. Il faut dire que les histoires qu'il entend font froid dans le dos.

Les femmes seraient les premières touchées. Mais les hommes ne sont pas épargnés. Cancers (prostate, sein, ovaires...), polyarthrite, cécité, problèmes auditifs, insuffisance rénale. Le collectif en est persuadé, "au moins 90% des ouvriers agricoles de Martinique sont malades à cause des produits phytosanitaires qu'ils ont été (souvent) obligé d'épandre".

Alors, ils veulent, entre autres:
- des tests gratuits et systématiques pour tous les ouvriers agricoles en fonction et à la retraite. 
- la reconnaissance, par la Caisse Générale de Sécurité Sociale, de ces maladies comme étant des maladies professionnelles.
- la mise en place d'une sorte de pont aérien permettant des évacuations sanitaires régulières pour les ouvriers agricoles qui ne peuvent être soignés ici.
- Une revalorisation du montant de la retraite des ouvriers agricoles.

Mais avant de terminer cette liste de revendications, le collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides veut donner un nouveau coup de collier à son enquête. Ainsi, une nouvelle opération de recensement aura lieu le dimanche 18 octobre 2020 au Morne Rouge. 

 
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