Pesticides : "tous les types de milieux sont contaminés en France et en Outre-Mer", selon une dernière étude scientifique

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Pesticides
Epandage aérien sur les cultures au sol (image d'illustration). ©Dave Martin
Pendant deux ans, 46 experts affiliés à 19 organismes différents ont étudié l’impact des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les écosystèmes. Les conclusions de cette expertise collective, présentées le 5 mai 2022 lors d’un colloque public, confirment que "l’ensemble des milieux terrestres, aquatiques et marins - notamment côtiers - sont contaminés".

Durant deux ans, cette méta-analyse commandée par les ministères de la Recherche, de l’Agriculture et de la Transition écologique (dans le cadre du programme Ecophyto II+), a mobilisé près d’une cinquantaine d’experts qui ont croisé plus de 4 000 analyses scientifiques déjà publiées dans le monde entier.  

Ce nouveau rapport rendu public le 5 mai 2022 par l’INRAE (l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement) et l’IFREMER (l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer), confirme que l’environnement est bien contaminé par les pesticides, "en France métropolitaine et en Outre-Mer".

L’ensemble des milieux terrestres, aquatiques et marins – notamment côtiers – sont contaminés par les produits phytopharmaceutiques. Des impacts directs et indirects de ces substances sont également avérés sur les écosystèmes et les populations d’organismes terrestres, aquatiques et marins (…). Tous les types de milieux sont contaminés.

L’INRAE et L’IFREMER

"Des substances retrouvées à des centaines ou des milliers de kilomètres de leur zone d’application"  

L’étude souligne "un pic de contamination dans les espaces agricoles – dans les sols, les petits cours d’eau et l’air – là où ils sont majoritairement appliqués". Cette contamination touche aussi "les zones situées à distance des parcelles cultivées comme les milieux aquatiques et les sédiments, ceci jusqu’à des milieux reculés comme les zones proches des pôles et les grands fonds marins".  

Parmi les substances retrouvées à des centaines ou des milliers de kilomètres de leur zone d’application, on retrouve notamment celles interdites depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies, dont la concentration tend toutefois à diminuer (…). Dans les espaces agricoles de la métropole, ces produits sont impliqués dans le déclin des populations d’invertébrés terrestres (comme les insectes pollinisateurs et les coléoptères prédateurs de certains ravageurs des cultures), d’invertébrés aquatiques et d’oiseaux communs. Côté mer, des impacts directs et indirects sont confirmés à l’échelle des individus (sensibilité accrue des huîtres ou des dauphins à des virus, disparition d’habitats essentiels pour les invertébrés marins…).

Extrait de L’étude

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Utilisation de pesticides dans les jardins, les espaces publics et dans les champs. ©Pleinchamps.com

Depuis l’origine de leur commercialisation, les pesticides ont vocation à "protéger la production agricole et d’entretenir les espaces verts et les infrastructures". Leurs effets négatifs sur l'environnement et sur la santé humaine ainsi que leur efficacité pour épargner les cultures, sont évalués "selon un cadre harmonisé au niveau communautaire".

"Les limites" de la réglementation

Le document précise que la réglementation européenne de mise sur le marché et d’utilisation de ces produits phytopharmaceutiques, est "une des plus exigeantes au monde, notamment en termes d’évaluation des impacts des substances sur l’environnement".  

Néanmoins, cette réglementation présente des limites. Elle ne prend pas suffisamment en compte la complexité des effets sur la biodiversité et sous-estime l’effet "cocktail" des substances qui se mélangent et se cumulent dans l’environnement, ainsi que leurs éventuels effets indirects.

Les experts

Enfin, cette expertise scientifique identifie "des besoins de connaissances" sur les impacts de ces produits chimiques sur la biodiversité marine et ultra-marine. Elle souligne également "des besoins de recherche" complémentaires, "sur certains organismes, ou compartiments biologiques encore peu étudiés (amphibiens, reptiles, microbiotes…), pour mieux évaluer à l’avenir leurs impacts sur l’environnement".

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