Présidentielle 2022 : l’autonomie pour la Corse et de l’outre-mer s’invite dans la campagne

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Corse (automonie)
Une manifestante porte un drapeau indépendantiste corse lors de la visite du ministre de l'Intérieur à Porto Vecchio le 17 mars 2022. ©(CELINE RAVIER / HANS LUCAS)
La notion de l’autonomie pour l’outre-mer figure dans les programmes de trois des douze candidats à l’élection présidentielle, du jamais vu. Un sujet mis en relief par l’actualité politique de la Corse qui prend le chemin d’un nouveau statut.

Nous sommes prêts à aller jusqu’à l’autonomie". Cette déclaration du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, le 15 mars 2022 a été sciemment prononcée pour tenter de ramener le calme en Corse. De graves incidents entre manifestants et forces de l’ordre se sont produits après l’agression dont a été victime dans sa prison un condamné à la perpétuité pour l’assassinat d’un préfet.

La petite phrase du ministre, diffusée après accord de l’Elysée, a provoqué un électrochoc parmi les candidats à l’élection présidentielle. Et bien sûr, sur place, en Corse. Le ministre a tenu une série de réunions durant trois journées avec divers responsables politiques et  économiques. Objectif : baliser un calendrier de discussions et leur contenu, au cas où le président sortant est réélu.

Lequel avait inclus dans son programme en 2017 la possible accession de la Corse à un nouveau statut, le troisième depuis 1982, avant de revenir sur cet engagement. Puis, nouveau revirement en septembre 2021. Le journal Le Monde nous apprend que le chef de l’Etat a rencontré discrètement le président autonomiste réélu du conseil exécutif de Corse, Gilles Siméoni.

Le principe est acquis

Le principe a été acté de la préparation des travaux devant déboucher sur l’inscription de la Corse dans la Constitution. Un nouveau régime politique, administratif, social, culturel et fiscal est envisagé. Ces discussions n’ont pas filtré jusqu’en fin janvier dernier, jusqu’à ce que l’association Régions de France adopte à l’unanimité ce principe.

Parmi les signataires, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse. Elle ne voyait alors aucun inconvénient à ce que la Collectivité de Corse et l’Etat engagent une réflexion commune visant à renforcer les pouvoirs des élus locaux. Depuis, elle a changé de position,

L’actualité a permis de mettre au centre du débat un tabou au sein du personnel politique, celui de l’autonomie d’une parcelle du territoire français d’Europe. Les réactions des candidats sont éloquentes à cet égard. Seul le candidat Yannick Jadot se prononce dans son programme pour cette option largement souhaitée par les Corses.

Quid de nos collectivités ?

Il envisage aussi que l’autonomie puisse s’étendre aux collectivités d’outre-mer où les attentes se manifestent clairement sur le sujet. Le candidat communiste Fabien Roussel, considère favorablement cette proposition. Il en va de même pour Jean-Luc Mélenchon.

Est-ce à dire qu’un cycle de discussion sera bientôt ouvert à ce propos en Martinique ? Le sujet n’est pas du tout à l’ordre du jour. Quand le ministre des Outre-mer l’a évoqué, jetant un pavé dans la mare avant son arrivée en Guadeloupe en novembre 2021, l’écho en retour a été négatif ou nul.

Un sujet hors-sujet

Nos autonomistes ont dédaigné cette ouverture. Il est vrai que cette revendication portée depuis soixante ans, n’a plus les faveurs des formations politiques entièrement investies dans la gestion des collectivités locales. Ils se contentent des avancées permises depuis quarante ans par la décentralisation. Laquelle sera bientôt élargie, avec une nouvelle loi, dite 3DS.

Il reste que l’évolution du débat sur l’autonomie prochaine de la Corse doit susciter notre curiosité. Devenue française un siècle après la Martinique, après son annexion en 1770 à la suite de la défaite militaire de son armée républicaine par celle de Louis XIV, l’île n’a jamais abandonné l’idée de reconquérir une parcelle de sa souveraineté perdue.

Un débat certainement suivi de très près au Parti progressiste martiniquais qui célèbre le 64ème anniversaire de sa création, le 21 mars 1958. Ce n’est pas parce qu’il ne s’exprime pas sur le sujet que le PPM a renoncé à l’autonomie. Nous l’aurions su, si tel était le cas.