Que signifie le record de candidatures aux élections de l'Assemblée de Martinique ?

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Assemblée de la CTM
L'Assemblée de la CTM à Fort-de-France. ©Martiniquela1ère

Depuis ce lundi 10 mai 2021, les prétendants aux élections territoriales sont invités à déposer leur dossier de candidature à la préfecture. À ce jour, nous comptons 17 têtes de listes, un record. Comment l’analyser ?

Un célèbre dicton prétend : "Abondance de biens ne nuit pas". Appliquée à la vie politique, cette locution est-elle aussi pertinente ? L’abondance des candidatures pour les élections territoriales ne risque-t-elle pas de nuire à la participation ? Avec pas moins de 17 listes de candidatures annoncées, nous atteignons un record pour ce type d’élection.

Il faut remonter aux régionales de 1992 pour obtenir le nombre de plus élevé de listes, 12 cette année-là. Il se dit que la multiplicité des candidatures constitue un signe de vitalité démocratique. Ceux qui pensent que cette profusion est normale et légitime trouvent argument dans la Constitution. Son article 4 stipule : "Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement".

Un principe appelant plusieurs questions. Primo : existe-t-il 17 manières différentes de voir l’avenir du pays, autant de conceptions opposées de notre avenir, autant de modes de gestion de la CTM ? Notre paysage politique est-il riche de 17 courants de pensée ? La réponse, négative, est évidente.

Deuxio : plus le choix est vaste, plus il est compliqué et plus il peut déboucher sur le non choix entre les options proposées. Lors d’une compétition électorale, la profusion de candidats amène souvent une forte abstention.

Un choix éminemment complexe

 

Tertio : cette abondance de candidats (64 par liste, soit 1 088 femmes et hommes) n’illustrerait-elle pas une certaine faillite du régime de la démocratie représentative ? Les formations politiques traditionnelles jouent-elles encore leur rôle de cercles de réflexion pour l’action politique ? Ne se sont-elles pas métamorphosées en simples machines électorales mobilisées lors du renouvellement des institutions ?

Cette année, plusieurs listes sont le fruit de regroupements de personnalités et de citoyens volontaires, hors des cadres politiques habituels. Le schéma classique d’une équipe menée par un chef charismatique tentant de convaincre les électeurs de la justesse de son programme n’est plus le seul en vigueur.

La logique des états-majors a cédé le pas à celle du rassemblement autour de projets pour trouver des majorités d’idées. Ce qui amène certains candidats à estimer qu’ils sont en mesure de créer ex nihilo une nouvelle dynamique et d’ouvrir un nouveau cycle politique. La profusion amènera-t-elle vers la confusion ou vers la clarification ? Réponse dans cinq semaines.