Séguineau, champ clos de la guerre au sein de la Collectivité Territoriale de Martinique

politique
Canalisation
Canalisation d'eau potable sur le terrain de Séguineau, au Lorrain (nord atlantique, Martinique). ©Aurelie Treuil
La bataille de communiqués que se livrent les différents courants de la majorité de la CTM témoigne de profondes divisions entre les élus à partir d’interprétations divergentes sur le statut de la parcelle voisine de l’usine d’eau du Lorrain.
Le terrain de Séguineau est devenu le terrain idéal pour la véritable guerre de tranchées que se livrent entre eux les élus de la majorité de la Collectivité Territoriale de Martinique. Une guerre se déroulant par communiqués interposés. Le dernier en date, de jeudi 10 décembre, est un long texte signé par quinze conseillers proches d’Alfred Marie-Jeanne.

Les proches d'Alfred Marie-Jeanne

Ils y dénoncent l’action en justice intentée une semaine auparavant par d’autres élus de la coalition du "Gran sanblé pou ba péyi’a an chans". Pour justifier à nouveau cette démarche inédite devant le tribunal administratif, Yan Monplaisir, le premier vice-président de l’assemblée, se fend d’un communiqué, lui aussi.

Ces documents illustrent de manière patente le conflit latent quant à la gestion du litige de la parcelle du domaine agricole jouxtant l’usine de production d’eau de Vivé. Il comprend trois actes, pour le moment. Le premier acte récent du conflit est le recours déposé au tribunal administratif le 4 décembre 2020.


Un communiqué qui en appelle un autre


Trois jours tard, onze conseillers de l’Assemblée de Martinique annoncent avoir intenté une action judiciaire pour excès de pouvoir contre le président du conseil exécutif et non-respect des principes démocratiques contre le préfet. Ce sont le président de l’Assemblée, Claude Lise, deux vice-présidents - Yan Monplaisir et Fred Lordinot - et huit autres élus, dont quatre de l’opposition.C’est un nouveau coup de semonce, après le vote, la semaine précédente, lors de la réunion plénière de l’assemblée, de trois amendements retirant certaines délégations de pouvoir au président du conseil exécutif. Elles portent sur d’autres sujets, dans l’idée de rééquilibrer les deux pôles principaux de la CTM.Le second acte de cette tragédie créole est la réponse des proches d’Alfred Marie-Jeanne dans un communiqué signé par quinze conseillers. Ils écrivent : "Nous ne donnons pas caution à cette démarche unilatérale et déclarons solennellement que le Président de l’Assemblée et les dix autres conseillers n’ont pas mandat pour parler et agir en notre nom".
 

Une tragédie en trois actes


Le texte est paraphé par les douze élus de la mouvance marie-jeanniste auxquels s’ajoutent trois membres du RDM (Rassemblement Démocratique pour la Martinique) de Claude Lise. Ils s’opposent ainsi à leur président engagé dans un bras de fer politique et judiciaire avec Alfred Marie-Jeanne.

Le troisième acte est la réponse de Yan Monplaisir, le lendemain du communiqué des proches du président du conseil exécutif. Il souligne la nécessité de respecter la règle de séparation des pouvoirs : "l’Assemblée vote et l’exécutif met en œuvre les décisions votées par la majorité" écrit-il.

Prise de position de Yan Monplaisir

Le quatrième acte viendra, lors de la prochaine plénière, les 20 et 21 décembre 2020. Un dossier de financement de pose d’une canalisation définitive doit être validé, pour plus d’un million d’euros. Il faut s’attendre à un débat électrique.

Comme dans toute tragédie, il y aura un épilogue, dont la date n’est pas encore connue. Le litige de Séguineau n’a pas fini de porter de l’eau au moulin de ceux qui pensent que la majorité de la CTM est en train de sombrer dans un cyclone qui n’a rien à voir avec une banale tempête dans un verre d’eau.
 
Les Outre-mer en continu
Accéder au live