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" L'irrésistible nécessité de mordre dans une mangue", nouveau recueil de nouvelles de Nassuf Djailani

 L’irrésistible nécessité de mordre dans une mangue, recueil de nouvelles de Nassuf Djailani vient de paraître aux éditions Komédit. L’écrivain mahorais pose un regard assez dur sa société , une façon d' exprimer son affection pour une société qu’il continue de chérir.

© Kamal Eddine Saindou
© Kamal Eddine Saindou
  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le

 
L’irrésistible nécessité de mordre dans une mangue ", le nouveau recueil  de nouvelles de l’écrivain Nassuf Djailani vient de paraître aux éditions Komédit. L’écrivain-journaliste et critique littéraire mahorais propose dans ces onze nouvelles un regard assez dur sur la société mahoraise, une façon peut-être de dire son affection pour une société qu’il continue de chérir.


Question : Emmanuel Tusevo 

Pourquoi ce titre sur les mangues pour ton nouveau recueil de nouvelles ?


Réponse : Nassuf Djailani

L’irrésistible nécessité de mordre dans une mangue, titre (peut-être) un peu long, un peu poétique (c’est mon obsession), est une métaphore de la vie que mes personnages voudraient mordre à pleine bouche, comme la mangue. Ils font l’amère expérience du difficile métier de vivre, car la vie exige tant de sacrifices (parfois inutiles), tant d’efforts, tant de renoncements que l’on se prend parfois à rêver d’une autre vie possible. Mes personnages ne sont pas gâtés dans l’aventure imprévisible de la vie sous nos latitudes, mais l’on se rend compte que malgré tout, il y a une énergie quelque part qui les fait tenir, une espérance en la vie qui fait qu’ils refusent le suicide, le renoncement. Ils éprouvent une irrésistible nécessité de croquer dans cette mangue charnue qu’est la vie.


Question : Emmanuel Tusevo
De quoi s’agit-il dans ce nouveau livre ?


Réponse : Nassuf  Djailani

Le projet dans ces onze nouvelles, était de proposer des fragments de vie, des micro-fictions tirées de projet de romans à paraître. J’aime prendre le temps de l’écriture, pour mes romans à venir. Cela fait près de dix ans que je vis avec mes fantômes, parfois il me prend l’envie de les sortir des mes carnets. Ces textes sont des fragments, des boutures que je mets en culture, en attendant de les rassembler un jour dans ce gros roman qui me volent des nuits de sommeil. Mes personnages sont à la fois des hommes, jeunes, vieux, des femmes, des jeunes filles, des vieillards, des pères, des fils à qui la vie offre des trajectoires semés d’embûches avec de belles surprises parfois.


Question : Emmanuel Tusevo
Qu’elle en est la trame, l’intrigue ?


Réponse : Nassuf Djailani

Ce sont des histoires d’exil, de fuite, d’envie de meurtre, d’amour, de foi en la vie, d’amitié profonde, de la relation à l’autre, avec des personnages qui s’interrogent sur comment être avec les autres, comment ne pas être submergé par des envies de meurtre, comment travailler sur soi pour ne pas haïr, comment réussir une vie bonne. C’est difficile à résumer en une formule.


Question : Emmanuel Tusevo : 
Quel lien avec Mayotte ou l’océan indien ?


Réponse : Nassuf Djailani

Mayotte est le noyau de ces histoires qui gravitent autour, avec des personnages qui sont liés à l’île comme des algues, mais qui sont tentés par l’exil, la fuite, le désir de départ est incessant. Avec cette idée obsédante de la disparition qui torture les protagonistes. Dans ces histoires humaines on croit souvent que c’est celui qui est parti qui est en exil, mais c’est souvent celui qui reste qui est dans un véritable exil. Il faut souvent trouver des ruses pour rester. Pour tenir les gens se travestissent pour échapper à la folie, à l’aigreur, au suicide. Alors certains trouvent leur salut dans l’autodérision, dans le rire, dans l’indignation.


Question : Emmanuel Tusevo
Qu’est-ce qui t’a inspiré pour ces onze nouvelles ?


Réponse : Nassuf Djailani

L’écrivain c’est celui qui fouille dans les soubassements, il fouille parfois très loin dans des terrains que les autres ne sont pas encore allés glaner. Je suis allé parfois très loin dans la laideur de cette société pour tenter de montrer pourquoi elle grimace. Ce n’est pas par masochisme, mais je n’abandonne pas l’idée d’une île mahoraise heureuse, j’essaye de croire qu’il va sortir quelque chose de beau de cette gerbe de laideur.


Question : Emmanuel Tusevo
Y a –t-il un questionement sur la société ou philosophique ?


Réponse : Nassuf Djailani

Absolument, tout mon travail d’écriture tente de résoudre des problématiques, mon malheur c’est que je n’ai pas de réponses définitives, et cette insatisfaction chronique, c’est mon carburant pour continuer à écrire.


Question : Emmanuel Tusevo
Est-ce un miroir que vous tendez aux lecteurs?


Réponse : Nassuf Djailani

Oui je crois que l’écriture est une forme de miroir que l’on tend au lecteur, peut-être pour provoquer un sursaut chez lui, un haut le cœur, une peur, une gêne, une prise de conscience, une joie, une jouissance, une petite mort.

LIRE AUSSI :

 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=42722
 
 ROUCOULEMENT     Poésie  Nassuf Djailani - Grand Prix littéraire de l'Océan Indien 2005
 

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